"Il faut repenser l'architecture des services néonatals pour y faire plus de place aux parents"

Dans un rapport publié ce mardi, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé recommande des pistes pour limiter autant que possible la séparation parents-nouveau-né.

"Il faut repenser l'architecture des services néonatals pour y faire plus de place aux parents"
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Environ 12 % des 120 000 bébés qui naissent chaque année en Belgique doivent être pris en charge dans des services de néonatologie, parfois pour quelques jours, mais parfois aussi pour plusieurs semaines. Deux tiers d'entre eux sont des prématurés, les autres étant des bébés nés à terme qui nécessitent des soins intensifs. Depuis longtemps maintenant, on sait que les premiers jours de vie sont cruciaux pour la création du lien d’attachement entre le nouveau-né et ses parents.

Aussi, dans leurs unités de néonatologie, de nombreux hôpitaux belges proposent déjà des soins de développement visant à minimiser la séparation entre un nouveau-né et ses parents et à favoriser les interactions entre eux en toutes circonstances. Le soin "peau à peau", appelée "méthode kangourou", qui consiste à positionner le nouveau-né nu, poitrine contre poitrine et peau contre peau, avec l'un des parents, est bien connu. Introduite en Belgique par le SPF Santé publique pour encourager l'allaitement maternel, l'initiative Hôpital Amis des Bébés s'inscrit également dans cette démarche.
"Mais les soins de développement comprennent beaucoup d'autres dimensions, fait remarquer le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), qui publie ce mardi un rapport à ce sujet, notamment permettre aux parents d'avoir accès à l'enfant 24h sur 24, les former à comprendre les signaux émis par leur enfant et à y répondre, les familiariser avec des soins potentiellement intimidants et les soutenir dans cette expérience émotionnellement fragilisante."

Si tous les hôpitaux belges n'ont pas encore intégré cette dimension dans leur structure, c'est peut-être que "pour les soignants, les soins de développement sont très exigeants, car ils nécessitent énormément de temps et de précautions vis-à-vis de l'enfant, mais aussi d'attention et de disponibilité vis-à-vis des parents, souligne le KCE. Sans parler des nombreuses formations nécessaires pour se maintenir à jour, car les connaissances scientifiques évoluent rapidement dans ce domaine."

Les recommandations du KCE

Se basant sur les modèles de soins de développement les plus valables décrits dans la littérature et les meilleures pratiques mises en œuvre dans d'autres pays pour réduire la séparation entre l'enfant et ses parents, le KCE a émis une série de recommandations à court et à long terme. Bien conscient qu'"un travail de longue haleine sera nécessaire pour favoriser la diffusion de cette philosophie dans les hôpitaux, le KCE estime cependant que c'est dès aujourd'hui qu'il faut repenser l'architecture des services néonatals pour y faire plus de place aux parents, mais aussi objectiver la charge de travail des soignants afin de mieux définir le cadre du personnel nécessaire. C'est aussi maintenant, dans la foulée de la réforme des hôpitaux, qu'il faut clarifier le financement des unités néonatales intensives et locales et des transferts entre elles".

D'ici là, certaines mesures peuvent déjà être mises en place, d'après les auteurs du rapport. "Elles nécessiteront une certaine créativité pour pouvoir réduire au minimum la séparation entre les parents et leur enfant et prévoir pour eux des solutions d'accompagnement et d'hébergement. S'y ajoutent quelques recommandations qui dépassent le cadre strict de services de néonatologie et qui ont une portée plus sociétale, comme le renforcement des services d'aide aux familles à domicile ou la prolongation du congé de naissance pour les pères ou les co-parents dont l'enfant est hospitalisé à la naissance".