"En 2030, le nombre de cancers de la peau en Belgique sera à peu près équivalent à celui de tous les cancers réunis"

Une personne sur cinq sera confrontée à un cancer de la peau avant l'âge de 75 ans.

"En 2030, le nombre de cancers de la peau en Belgique sera à peu près équivalent à celui de tous les cancers réunis"
©Shutterstock

Topo des cancers de la peau, en quelques chiffres qui devraient ne pas laisser indifférent : les cancers de la peau représentent environ 40 % de tous les cancers détectés aujourd'hui, ce qui en fait le cancer le plus fréquent dans le monde et en Belgique où 45 733 nouveaux cas ont été recensés en 2019. On estime qu'une personne sur 5 sera confrontée à un cancer de la peau avant l'âge de 75 ans. C'est le seul cancer qui a connu une augmentation aussi significative au cours des deux dernières décennies, une tendance qui ne devrait que se confirmer et s'accentuer à l'avenir. "S'il est impossible d'empêcher la hausse actuelle, il est possible de la ralentir", fait savoir la Fondation contre le Cancer (FCC) qui appelle les gouvernements, fédéral et régionaux, à "unir leurs forces pour développer un plan d'action national couvrant la prévention, la détection et le traitement afin que la réaction soit à la mesure du problème".

"En 2030, le nombre de cancers de la peau en Belgique sera à peu près équivalent à celui de tous les cancers réunis"
©Fondation contre le cancer

A quelques semaines du lancement, début mai, de la campagne de sensibilisation au cancer de la peau, la Fondation contre le cancer (FCC) a présenté ce mercredi un "livre blanc" détaillant la situation et accompagné de recommandations. Mais elle a surtout tiré la sonnette d'alarme, une fois encore, sur ce fléau dont la population ne semble pas soupçonner l'ampleur. "Quoi que l'on fasse, a affirmé le Dr Didier Vander Steichel, directeur médical et scientifique de la FCC, l'explosion de cancers de la peau va continuer, certainement dans les dix années à venir pour en arriver, à l'échéance 2030, à un nombre total de cancers de la peau (mélanomes et non-mélanomes) qui sera à peu près équivalent en Belgique à l'ensemble de tous les autres cancers", soit quelque 80000 cas rien que pour l'année 2030, si on totalise les projections comptabilisées par le Registre national du cancer.

"Il nous semble, à la FCC, que l'impact de ces cancers est sous-estimé, a-t-il poursuivi, tant au niveau individuel que sociétal". A titre d'exemple, les cicatrices qu'un cancer de la peau peut laisser au niveau du visage ne sont pas anodines. De même que l'impact majeur sur le coût, et donc la sécurité sociale. Les personnes qui ont été diagnostiquées avec un cancer de la peau, puis traitées et guéries restent des personnes à risque pour de nouveaux cancers de ce type. De ce fait, elles devront rentrer dans un suivi chronique à long terme. Avec l'Université de Gand, la FCC a tenté d'évaluer le coût de cette prise en charge. "Nous avons voulu une estimation prudente, précise le Dr Vander Steichel. Sur une période de 20 ans, allant de 2014 à 2034, on estime que le coût cumulé de la prise en charge des cancers cutanés devrait être de l'ordre minimum de 3,5 milliards d'euros. Ce qui aura un impact inévitable sur les soins de santé et va poser un problème en termes de disponibilité des soignants. Ces montants, non négligeables, vont continuer d'augmenter si l'on ne fait rien. Le message est donc clair : il est plus que temps d'agir!".

Comment se comportent les Belges?

Un message que les Belges semblent ne pas avoir complètement intégré à voir les résultats des sondages réalisés depuis quelques années par la FCC sur le comportement de nos concitoyens par rapport aux rayons ultraviolets (UV). Si l'on sait en effet que l'exposition aux UV est grandement liée au développement de ces cancers, en particulier pour certains types de peau (en l'occurrence claires, parsemées de nombreuses taches pigmentaire…), les connaissances en matière de protection contre les cancers de la peau demeurent parfois lacunaires.

"En 2030, le nombre de cancers de la peau en Belgique sera à peu près équivalent à celui de tous les cancers réunis"
©Fondation contre le cancer

Trop souvent encore, alors que c'est pourtant bien le cas, on ne prend pas suffisamment conscience du fait que :

- un léger coup de soleil endommage la peau de façon permanente;
- la protection pendant l'enfance est capitale et absolument prioritaire;
- une crème solaire à indice de protection élevée ne permet pas de rester au soleil sans limite;
- le contrôle des taches pigmentaires - donc le dépistage précoce - est nécessaire; 60% de la population ne se sont pourtant jamais fait examiner la peau par leur médecin ou un dermatologue. "Pour la détection, il convient cependant de faire une distinction entre les patients à haut risque et ceux à faible risque, afin de ne pas allonger les listes d'attente chez les dermatologues mais de pouvoir détecter à temps les personnes présentant des lésions suspectes", note la FCC.

Les brûlures graves en hausse

Clairement, les comportements face au soleil méritent d'être revus …et corrigés. En témoigne encore ce graphique montrant l'évolution du nombre de brûlures graves dues aux UV: de 2% de personnes déclarant, en 2011, avoir été sérieusement brûlées au cours des 12 derniers mois, on est en effet passé à près de 10 % en 2021. "Là, on voit qu'il y a clairement une sous-estimation de l'importance des coups de soleil graves, mais aussi légers, commente le Dr Anne Boucquiau, directrice médicale à la FCC. Même chez les enfants, on constate une augmentation des brûlures graves et légères, ce qui particulièrement préoccupant. Par rapport aux mesures de protection, la crème solaire occupe la première place dans les mesures prises alors que le fait de se mettre à l'ombre pour se protéger a tendance à diminuer au fil des années. Or, après les vêtements, couvre-chef, lunettes, s'abriter est précisément ce qui est le plus efficace en matière de prévention. Même à l'ombre, on n'évite pas totalement les UV, ne fut-ce qu'avec la réverbération par le sol."

"En 2030, le nombre de cancers de la peau en Belgique sera à peu près équivalent à celui de tous les cancers réunis"
©Fondation contre le cancer

Toujours lors de la présentation du livre blanc de la FCC, un autre point important sur lequel a insisté ce médecin est l'exposition aux bancs solaires, classés comme un cancérogène avéré. "Il n'y a plus aucun doute que l'exposition prolongée aux UV des bancs solaires favorise fortement le risque de développer un cancer de la peau, poursuit le Dr Boucquiau. On estime qu'une exposition avant l'âge de 35 ans augmente de 87% ce risque, raison pour laquelle la Fondation plaide activement pour une interdiction des bancs solaires". Heureusement, ici, on voit que cette pratique est en baisse chez nous, passant de 14% en 2011 à 8 % en 2021.
Une autre bonne nouvelle est que de plus en plus de personnes utilisent l'indice UV, cet indicateur de la puissance des UV qui permet d'ajuster nos comportements face au soleil. Ils sont en effet 64 % à le consulter, toujours ou occasionnellement, notamment via les bulletins météo ou une application.

Ceci étant, la prévention primaire du cancer de la peau doit être une priorité dans les programmes de santé publique, pour la Fondation qui plaide pour un plan d'action national élaboré par le gouvernement et les parties prenantes afin de garantir une approche durable telle que celle qui existe aux Pays-Bas. "La présence de distributeurs de crème solaire, de structures d'ombrage et d'ombre naturelle (arbres) dans les lieux déterminés (terrains de jeux, aires de pique-nique, installations sportives, etc.) peut faire toute la différence, selon elle. La protection ne dépend plus seulement du comportement mais aussi de l'accès aux mesures de prévention par une adaptation de l'environnement".

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