Non, ces personnes dénoncées sur les réseaux sociaux n’ont pas nécessairement la variole du singe

Des photos et vidéos de personnes présentant des lésions cutanées ont été partagées sur les réseaux sociaux par des internautes assurant qu’il s’agissait de personnes contaminées par la variole du singe. Les réactions n’ont pas tardé : de nombreuses personnes se sont offusquées et ont dénoncé une attitude irresponsable.

Non, ces personnes dénoncées sur les réseaux sociaux n’ont pas nécessairement la variole du singe
©Twitter, TikTok

Le 30 juillet 2022, Arturo M. Henriques, un espagnol se présentant comme médecin chirurgien, publiait une série de messages sur Twitter accompagnant une photo illustrant les jambes d'un homme, prise dans un métro bondé. L'une des jambes en question y présente des éruptions cutanées. "Je vais raconter l'histoire de cette photo, un cas de variole du singe dans le métro, au plus fort de sa contagion", commente alors Arturo M. Henriques, qui assure que l'événement a eu lieu deux semaines plus tôt, le 15 juillet, dans le métro de Madrid.

Non, ces personnes dénoncées sur les réseaux sociaux n’ont pas nécessairement la variole du singe
©Twitter

"Il était complètement couvert de lésions de la tête aux pieds, y compris les mains. Je voyais la situation et je voyais aussi les gens autour, comme si rien ne se passait", poursuit-il. Le médecin explique ensuite avoir "prudemment abordé" cet homme en lui demandant s'il avait la variole du singe. Il assure que celui-ci lui aurait répondu que oui, mais que son médecin ne lui avait pas dit qu'il devait s'isoler, seulement porter un masque.

Très rapidement, le tweet devient viral. En une journée, il accumule plus de 100 000 likes et 35 000 partages. Le récit d'Arturo M. Henriques est repris par des dizaines de médias à travers le monde, y compris en Belgique. Il se vante même d'avoir été interviewé par la chaîne de télévision espagnole laSexta. "Ils m'ont interviewé pendant 15 minutes et ne m'ont montré que pendant environ 8 secondes", précise-t-il sur Twitter.

Mais depuis lors, l'homme pris en photo dans le métro de Madrid, reconnaissable grâce à un tatouage sur sa jambe, a démenti l'information. Il a témoigné dans le média espagnol 20minutos : "Je n'ai pas la variole du singe", se défend-il. Il explique être atteint d'une neurofibromatose, ou NF1, une maladie génétique qui provoque ce type de lésions sur les membres. Il assure également n'avoir jamais parlé avec l'auteur des tweets, qui a depuis passé son compte en privé, empêchant les personnes qui ne le suivent pas de voir les tweets en question.

Contacté par le journal El Mundo, Arturo M. Henriques maintient sa version des faits : il assure avoir bel et bien parlé avec l'homme, qui lui aurait confié être atteint de la variole du singe. "Je voulais seulement être un bon citoyen et maintenant je suis attaqué", assure-t-il.

Une Américaine elle aussi victime de préjugés

Un fait similaire a également eu lieu à New York. Cette fois, il s'agit d'une vidéo montrant une jeune femme dans le métro New Yorkais, postée sur Tik Tok le 29 juillet. L'auteur de la vidéo accompagne les images d'un émoji "singe" et d'un point d'interrogation, sous-entendant un possible cas de variole du singe.

Non, ces personnes dénoncées sur les réseaux sociaux n’ont pas nécessairement la variole du singe
©TikTok

Lilly Simon, la jeune femme dans la vidéo postée sur TikTok, dit pourtant elle aussi être atteinte de cette maladie. Dans une réponse postée sur la plateforme vidéo le 1er août, elle explique que les bosses sur ses jambes sont des tumeurs. "Les tumeurs sont bénignes, mais elles sont quand même présentes partout sur ma peau et me créent des complications physiques et mentales", révèle-t-elle.

La jeune femme explique également avoir été victime de préjugés toute sa vie et avoir l'habitude de faire face à ce genre de remarques. "Je ne laisserai aucun d'entre vous réduire à néant les années de thérapie et de guérison que j'ai dû endurer pour faire face à cette maladie et exister autour de personnes comme vous", a-t-elle ajouté.

Qu’est-ce que la neurofibromatose ?

"La neurofibromatose, ou maladie de Von Recklinghausen, fait partie des neurodermatoses", explique le Dr. Dominique Tennstedt, dermatologue. Il s'agit d'une anomalie génétique qui influe sur la formation des organes et du système nerveux. Celle-ci touche l'ectoderme, le feuillet extérieur de l'embryon, qui fabrique le système nerveux et la peau. "Quand on a une malformation qui commence à l'ectoderme, ces deux organes sont donc forcément touchés en même temps", poursuit le médecin. Il existe plusieurs types de neurofibromatose, dont deux très classiques. "Il y en a une qui est généralisée et une autre qui est segmentaire, c'est-à-dire qui ne va atteindre pratiquement que les nerfs et la peau d'un côté", détaille le Dr. Tennstedt, précisant qu'il s'agit d'une maladie génétique assez fréquente puisqu'elle touche environ 1 personne sur 3000.

Faut-il s’inquiéter ?

Quel que soit le type, la neurofibromatose n'est pas contagieuse. Il s'agit d'une maladie génétique et est donc présente dès la naissance. Elle peut être détectée grâce à des taches 'café au lait', présente sur la peau des enfants. Les autres symptômes cutanés ne se déclarent quant à eux que plus tard, lors de la croissance. "Ce sont des neurofibromes, d'où le nom. Ce sont des boules de chair qui vont dépasser de la peau et qui sont constituées entre autres de cellules nerveuses", explique le dermatologue. "Elles ne font pas mal, mais se voient, bien entendu."

Ce sont ces neurofibromes qui peuvent être confondus avec les lésions provoquées par la variole du singe. Mais la maladie n'est pas contagieuse, contrairement à la variole du singe qui, selon l'OMS, se transmet d'une personne à une autre par contact étroit.

Non, ces personnes dénoncées sur les réseaux sociaux n’ont pas nécessairement la variole du singe
©R. Batista

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