Des experts alertent contre le risque d'une "twindémie" cette année. Pourquoi?

Pourquoi la vaccination contre la grippe chez les publics cibles est particulièrement recommandée cette année.

Des experts alertent contre le risque d'une "twindémie" cette année. Pourquoi?
©Montage Shutterstock

Le Covid-19 a beau se porter pâle ces derniers temps, rien ne garantit qu’il ne resurgira pas cet automne ou cet hiver, peut-être même sous forme d’un variant plus virulent. Et si le SARS Cov-2 a pris le pas sur l’Influenza ces deux dernières saisons, on peut aussi s’interroger sur la réapparition à un moment donnée d’une véritable épidémie de grippe. Voire, pire, la coexistence des deux. Doit-on craindre pareil scénario ?

Alors que la vaccination avec le deuxième booster pour le Covid vient de démarrer et à quelques semaines du lancement du nouveau vaccin contre la grippe, certaines firmes pharmaceutiques s’agitent et font monter les scientifiques au front, arguant que la vaccination contre la grippe est essentielle pour éviter une “twindémie” de grippe et de Covid-19. Qu’en est-il au juste ?

Trop peu de Belges sont-ils vaccinés contre la grippe en Belgique ?

Pour garantir une protection adéquate des individus et des groupes à risque, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies recommandent une couverture vaccinale de 75 % pour la grippe. En Europe, on estime qu’en moyenne, seulement 39 % des personnes âgées de 65 ans et plus sont vaccinées contre la grippe. Et même si la Belgique enregistre un taux de couverture vaccinale supérieur à cette moyenne, soit 59 % des publics à risque, la situation n’est pas encore optimale.

Qu’a-t-on constaté en Australie ?

Alors que l'automne se profile chez nous, l'Australie est sortie de l'hiver après avoir connu un pic important de cas de Covid-19 et de grippe, que les experts ont qualifié de "twindémie". On parle même de la " pire saison grippale depuis cinq ans ". Simultanément, le nombre de cas de Covid-19 est parti à la hausse, sans pour autant que les hospitalisations suivent dans la même proportion.

Dans quelle mesure le scénario australien pourrait-il se produire chez nous ?

Les tendances observées en Australie doivent-elles faire craindre que la Belgique soit, elle aussi, confrontée à ce cas de figure ? " Prédire exactement à quel moment commencera la prochaine saison grippale, la souche virale qui la dominera et la gravité de l'épidémie est impossible, reconnaît humblement Marc Van Ranst, professeur de virologie et d'épidémiologie à la KU Leuven. Ceci dit, l'activité grippale dans l'hémisphère sud peut donner une indication de ce à quoi il faut s'attendre dans l'hémisphère nord. Les données ne sont pas très rassurantes car, pour la première fois depuis le début de la pandémie, la grippe est non seulement de retour, mais la saison grippale en Australie a été particulièrement virulente. En outre, le nombre de cas de Covid-19 y a augmenté, ce qui a fait de la "twindémie" de grippe et de coronavirus, et d'une éventuelle double infection, un risque potentiel. "

Y a-t-il plus de risque que l’on assiste à une épidémie de grippe cette saison, après deux années plus “calmes” ?

On sait que, périodiquement, les épidémies reviennent. Et l'on sait aussi que les dernières saisons de grippe ont connu un faible taux d'infection en raison des précautions prises pendant la pandémie, comme le port du masque et la distanciation sociale, qui ont largement limité l'exposition de notre système immunitaire à la grippe. Et donc, oui, il n'est pas impossible que l'Influenza sévisse en force cet hiver. Le danger est d'autant plus préoccupant que, " cette année-ci sera caractérisée pour la première fois depuis 2019 par la probable absence de toute mesure de distanciement ", nous fait remarquer le Dr Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre.

Pour quelles raisons doit-on craindre une “twindémie” ?

Ce que l’on craint par-dessus tout, c’est qu’une juxtaposition de l’épidémie de grippe et de coronavirus entraîne une surcharge du système de santé. Ensuite, comme l’ont montré plusieurs études, il ne faut pas exclure une potentielle augmentation des complications pour les personnes contractant les deux infections en même temps.

"Deux balles font forcément plus de dégâts qu'une seule" , illustre Yves Van Laethem.

"L'Influenza met considérablement à l'épreuve les systèmes de santé pendant la saison hivernale" , explique pour sa part le Dr Aurore Girard, Vice-présidente de la Société scientifique de médecine générale (SSMG). "Après deux années de pandémie et de mesures sanitaires, l'immunité de la population, et particulièrement des personnes de plus de 65 ans, est affaiblie. Alors qu'il y a un risque de devoir faire face à une double menace, la vaccination annuelle contre la grippe est le meilleur moyen de se protéger contre la maladie et ses complications. Bien qu'il semblerait que le vaccin Covid soit toujours prioritaire, il est crucial d'avoir une politique de prévention claire contre la grippe afin de s'assurer que les 65 ans et plus soient également correctement protégés chaque année. […] La grippe fait plus de dégâts que les gens le pensent. Elle peut entraîner de graves complications, augmentant le risque de crise cardiaque et de pneumonie, même si la personne se trouve en bonne santé"

Le principal danger serait dès lors que les deux épidémies sévissent simultanément ?

" À l'heure actuelle, nous ne savons évidemment pas où nous en serons au niveau du Covid en janvier, février et mars, qui sont a priori les mois plus propices à une épidémie de grippe, nous dit le Dr Van Laethem. Personne ne peut certifier quoi que ce soit à ce niveau-là. Mais, classiquement, on devrait logiquement assister au prochain pic de grippe plus tard qu'au potentiel pic de Covid qui, lui, pourrait être attendu pour la mi-octobre. Même si, personnellement, je crois qu'il s'agira plutôt d'une "vaguelette".. Par contre, s'il y a un autre pic de Covid, par exemple en début d'année, cela risque d'être plus problématique, même si je ne pense pas que cela va noyer nos hôpitaux ."

Qui doit se faire vacciner contre la grippe et quand ?

En Belgique, on estime que 500 000 personnes en moyenne par an sont touchées par la grippe. Un cas de grippe sur mille nécessite une hospitalisation. “

Après deux années de crise sanitaire, une circulation limitée de la grippe et le risque d’une nouvelle vague de coronavirus, il est primordial pour les plus de 65 ans de se faire vacciner, pour se protéger et éviter une nouvelle surcharge de travail pour le personnel soignant et une pénurie de lits d’hôpital

”, selon Marc Van Ranst.

" La vaccination contre la grippe aura, cette année-ci, toute sa place et l'on peut dire qu'elle est plus que jamais recommandée chez les personnes fragiles, qui sont les mêmes que celles chez qui on propose de faire le deuxième booster, confirme Yves Van Laethem. À savoir les plus de 65, les personnes qui ont des maladies chroniques, les plus de 50 ans qui ont des facteurs de comorbidité, les femmes enceintes, le personnel de santé… Personne ne sait mais tout le monde suppute le fait que l'on n'ait pas vraiment été en présence du virus de la grippe pendant deux ans et qu'il est donc fort possible que, dès lors, notre immunité n'ait pas eu ses rappels (NdlR : naturels) habituels. Si ce n'est pour les personnes qui ont fait leur vaccin, bien sûr. L'autre question qui reste en suspens est celle de l'adéquation des vaccins avec les souches qui seront en circulation. "

Le bon timing pour se faire vacciner se situe entre mi-octobre et début novembre, sachant que la saison grippale survient généralement entre novembre et mars et que le vaccin offre une protection optimale après 10 à 15 jours. Laquelle, pour autant que la composition du vaccin soit en adéquation avec les souches en circulation, perdure environ 6 mois.

Peut-on faire en même temps les deux vaccinations ?

Oui, on peut faire les deux vaccinations le même jour, il n'y a aucune contre-indication, et c’est d’ailleurs ce qui était proposé l’an dernier. Il n’y a aucune contre-indication à faire les deux vaccins le même jour. “

Un dans le bras gauche, l’autre dans le droit. Puisqu’on a deux bras

”, s’amuse Marc Van Ranst. Ceci étant, “

vacciner maintenant contre le Covid et dans un mois contre la grippe paraît une planification plus adéquate par rapport au moment ou l’envahisseur risque de se présenter devant nous

”, selon le Dr Van Laethem.

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