Peut-on apprendre en dormant ?

Le cerveau reste actif durant notre sommeil. L'hypnopédie est une théorie qui avance que l'on peut apprendre en dormant, alors mythe ou réalité ?

C.C
Peut-on apprendre en dormant ?
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Le rêve pour les étudiants. Au lieu de passer des heures à potasser ses cours, il serait bien plus pratique de pouvoir s'endormir et se réveiller bilingue ou en connaissant sur le bout des doigts des formules mathématiques.

L'hypnopédie, où une méthode d'apprentissage par le sommeil, s'est diffusée auprès du grand public dans les années 60 en raison notamment de la dystopie "Le Meilleur des Mondes" d'Aldous Huxley, où l'éducation des enfants se fait pendant qu'ils dorment. La science s'est penchée sur la question et, on le sait, le cerveau reste actif pendant notre sommeil et est capable d'apprendre de nouvelles informations.

En 2017, une étude française, parue dans la revue Nature communications, a démontré qu'il était possible de mémoriser des sons pendant le sommeil. Une équipe du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et du Centre du sommeil et de la vigilance de l'hôpital l'Hôtel-Dieu de Paris, a diffusé des bruits inconnus (semblables à des grésillements de radio) à une trentaine de personnes âgées de 18 à 35 ans pendant plusieurs nuits. Elles ont été capables de reconnaître ce son à leur réveil. Toutefois, la mémorisation n'est pas automatique. C'est pendant le sommeil léger (50 % de la nuit) et surtout pendant le sommeil paradoxal (le moment où l'on rêve, qui représente 25 % de la nuit) que la mémorisation s'est faite. Le sommeil profond ne nous fait rien apprendre, au contraire, il nous fait oublier (un moment de filtre pour ce qui lui est superflu), souligne l'étude.

Apprendre le japonais ?

Ces phases de sommeil nous permettraient-elles d'étudier des choses plus complexes, comme des langues étrangères ? En 2018, une étude menée par des chercheurs de l'ULB Neurosciences Institute (UNI) confirme que notre cerveau est capable de percevoir des sons en dormant, mais que cet apprentissage est limité. A leur réveil, les personnes étudiées ne parviennent pas à se souvenir de séquences de sons complexes.

Cette année, un post doctorant de l'ULiège, en collaboration avec des chercheurs de l'ENS (Ecole nationale supérieure, en France) et de l'APHP/Hôtel-Dieu, a réitéré en se demandant s'il était possible d'apprendre le japonais en dormant. L'expérience, racontée par son auteur dans The Conversation, démontre que l'apprentissage durant le sommeil est implicite. Les personnes étudiées ne savent pas quelles informations ont été apprises : le niveau de confiance dans les réponses était le même, qu'elles soient fausses ou justes.

Lorsqu'il dort, le cerveau peut apprendre de nouveaux mots et y associer un sens. Mais il n'est pas possible de dire si cela est pérenne, et dépend de la mémoire de chacun. En somme, la bonne vieille méthode de révision reste la plus efficace, n'en déplaise aux procrastinateurs : le même protocole a été réalisé à l’éveil avec 10 fois moins de répétitions que durant le sommeil et l'apprentissage s'est révélé cinq fois plus efficace.

Cependant, le sommeil reste un allié pour consolider la mémoire. Une session de révisions sera mieux retenue si elle est suivie d'une bonne nuit.