Pourquoi le cancer du sein ne métastase-t-il jamais dans le lobe de l'oreille ou dans le gros orteil?

C'est une question que l'on peut en effet se poser et à laquelle le Pr Pierre Sonveaux et de son équipe de l’Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain viennent d'apporter un nouvel élément de réponse : pourquoi un cancer du sein métastase-t-il dans le cerveau, ou alors dans les poumons, le foie et les os, et non dans le lobe de l'oreille ou dans le gros orteil?

Le professeur Pierre Sonveaux, de l'UCL.
Le professeur Pierre Sonveaux, de l'UCL. ©Alexis Haulot

C'est une question que l'on peut en effet se poser et à laquelle le Pr Pierre Sonveaux et de son équipe de l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain viennent d'apporter un nouvel élément de réponse : pourquoi un cancer du sein métastase-t-il dans le cerveau, ou alors dans les poumons, le foie et les os, et non dans le lobe de l'oreille ou dans le gros orteil?

Dans un article qui vient d'être publié dans la revue scientifique Cancers, les chercheurs de l'UCLouvain expliquent avoir identifié un senseur, ou sorte de capteur, responsable de l'arrêt dans le cerveau des cellules tumorales de cancer du sein, ce qui leur permet de développer des métastases cérébrales. L'intérêt ? "Sans ce senseur, les cellules tumorales ne s'arrêtent pas dans le cerveau et ne développent donc pas de métastases cérébrales", expliquent les auteurs, dans un communiqué.

"Nos cellules contiennent des mitochondries, sortes d'usines énergétiques assurant leur survie, rappellent-ils. Lorsque ces usines sont sous-alimentées dans les cellules tumorales, elles se comportent comme un senseur". A savoir ? "Elles génèrent un signal, donnant l'ordre à la cellule de partir pour trouver une nouvelle source d'alimentation".

Car que sont, à la base, les métastases, sinon "des cellules cancéreuses affamées qui se sont détachées de la tumeur d'origine pour créer des colonies ailleurs dans le corps, là où la nourriture qu'elles recherchent est abondante".

Parvenir à limiter, voire à bloquer, la survenue des métastases est évidemment crucial pour ne pas dire, dans la plupart des cas, vital. On sait en effet que, "à quelques exceptions près, la transition entre une tumeur localisée et une tumeur disséminée (ou métastatique) change la donne entre une thérapie curative et une thérapie palliative", soulignent les scientifiques.

La mise à jour de la stratégie

Partant du fait que, "lorsqu'une cellule cancéreuse atteint la circulation sanguine, il lui faut un autre type de senseur pour lui indiquer où elle se trouve et, donc, où elle devrait s'arrêter", il semblerait, selon la théorie du Pr Pierre Sonveaux et de son équipe, que "chaque cellule cancéreuse circulante a ses préférences métaboliques (ou alimentaires) qui lui dictent quel organe coloniser. Certains organes ne sont jamais touchés (les orteils, les lobes d'oreille)". Pourquoi ? C'est précisément ce que viennent de comprendre les scientifiques.

Comment ont-ils fait cette découverte? Dans un modèle de cancer du sein humain chez la souris, ils ont identifié une protéine qui sert de senseur à la cellule cancéreuse pour s'arrêter et envahir le cerveau. "Sans ce senseur (protéine Cox7b), la cellule ne s'arrête plus, précisent-ils. Résultat, on évite les métastases cérébrales".

En mettant au jour ce senseur, l'équipe UCLouvain est donc parvenue à identifier la stratégie mise en place par les cellules cancéreuses pour coloniser certains organes en particulier (et pas d'autres) et ainsi créer des métastases.

La prochaine étape consistera à tester cette stratégie sur d'autres types de cancer (foie, poumon, etc.) et d'autres organes de destination. "Si le senseur identité, Cox7b, apparaît malheureusement difficile à cibler en thérapie anti-cancéreuse, la compréhension de ce nouveau mécanisme permettra de systématiser la découverte de familles de senseurs et, c'est l'objectif, de trouver in fine des cibles exploitables, concluent les auteurs. En empêchant la survenue des métastases, les thérapies à visée curative pourraient être utilisées plus longtemps, et les chances de guérison seraientdonc accrues".