Il y a six mois, Bergame était l'une des villes les plus touchées par le coronavirus, comptabilisant des milliers de morts liées à la maladie. Quelques mois après cette première vague, plusieurs médecins ont décidé de rappeler les survivants afin d'évaluer les effets sur le long terme du covid-19. L'hôpital du Pape Jean XXIII rappelle une vingtaine de personnes par jour : prise de sang, examen du coeur, scanner des poumons... Et surtout, écouter ce que ces survivants ont à dire.

Interrogée par le Washington Post, la spécialiste des maladies infectieuses Serena Venturelli déclare que plus de la moitié des patients interrogés ne se sentent pas guéris. Pourtant, le virus a officiellement disparu de leurs corps et leurs tests sont maintenant négatifs.

Les séquelles diffèrent d'un patient à l'autre : pour certains, il n'y a plus rien. Mais parmi les 750 premiers patients examinés, près de 30% présentent encore des séquelles pulmonaires et des troubles respiratoires. Pour 30% supplémentaires, on découvre encore des problèmes liés à la coagulation sanguine ou des anomalies cardiaques. D'après les huit médecins participants à ces travaux, de nombreux patients sont encore confrontés à des problèmes en tout genre : douleurs dans les jambes, picotements dans les extrémités, perte de cheveux, dépression, fatigue importante.

Et si certains avaient des problèmes préexistants, ce n'est pas le cas de tous les patients concernés par ces effets à long terme. "Nous parlons de quelque chose de nouveau", a déclaré au Washington Post Marco Rizzi, le chef de l'unité des maladies infectieuses de l'hôpital.

Des conséquences encore méconnues

Plusieurs études similaires à celle menée à Bergame essayent aujourd'hui d'en apprendre plus sur les séquelles persistantes du covid-19. Une étude allemande portant sur une centaine de personnes a révélé que près de 80% d'entre elles présentaient encore des anomalies cardiaques plusieurs mois après l'infection.

En Autriche, des chercheurs ont également mené une étude similaire, demandant à des patients qui avaient été hospitalisés à cause d'une infection au coronavirus de revenir pour une évaluation six, douze et vingt-quatre semaines après leur sortie de l'hôpital. Après 6 semaines, plus de la moitié des patients présentaient encore au moins un symptôme persistant. Il s'agissait principalement d'essoufflement et de toux. Dans 88% des cas, les scanners CT montraient encore des lésions pulmonaires.

Mais tout n'est pas perdu. Lors de la visite des douze semaines, les symptômes se sont améliorés et les dommages aux poumons ont été réduits à 56 %. Il est trop tôt pour avoir des résultats des évaluations à 24 semaines, mais le Dr Sabina Sahanic est optimiste. Doctorante à la clinique universitaire d'Innsbruck, elle a participé à l'un des rapports et déclaré dans un communiqué : "La bonne nouvelle est que cette déficience tend à s'améliorer avec le temps, ce qui suggère que les poumons ont un mécanisme pour se réparer".

Ces résultats préliminaires n'ont pas encore été publiés dans une revue à comité de lecture. Des recherches supplémentaires sont encore nécessaires. Mais cette étude permet de donner une lueur d'espoir aux patients qui peinent encore à récupérer.