Fermeture de l'horeca, des commerces non-essentiels, des métiers de contacts, couvre-feu jusque 18, 20 ou 22h, annulation d'événements publics, contacts sociaux limités, télétravail, fermeture des frontières, limitation des voyages et déplacements, fermeture de l'école, confinement strict, arrêt du sport intérieur et extérieur, distanciation sociale et encore bien d'autres: tout un tas de mesures, tantôt obligatoires, tantôt recommandées, sur tout le territoire ou seulement une de ses portions, ont été prises par les experts de la santé et les décideurs politiques à travers le monde pour contrer la propagation du coronavirus dans leurs contrées.

Mais quelles ont été les mesures qui ont le mieux fonctionné ? Une nouvelle étude, parue dans Nature Scientific Reports, a voulu répondre à cette question en mesurant les impacts des mesures "non pharamaceutiques" qui ont été prises, le but étant "d’identifier l’effet de chacune des politiques de confinement en tenant compte de l’existence d’autres politiques", comme l'explique le belge Bertrand Verheyden, qui travaille au Liser (Institut luxembourgeois de recherche socio-économique). Avec deux autres collègues, ce dernier a étudié les conséquences et l'impact des mesures prises par rapport au nombre de contaminations par 100.000 habitants, et ce pour "étudier simultanément les différentes politiques et d’identifier l’effet de chacune d’entre elles", résume Bertrand Verheyden.

L'étude, menée dans 175 pays dont la Belgique, révèle que les mesures les plus efficaces sont l'annulation d'événements publics, les restrictions de nombre lors des rassemblements privés, la fermeture des écoles et celle des lieux de travail. Ces quatre décisions ont eu l'effet le plus significatif sur la baisse de contaminations au coronavirus. "Ce sont les politiques qui réduisent la mobilité dans les lieux où il y a les plus grands rassemblements, où la densité est la plus forte, où la fréquence d’interactions est la plus forte, sont les politiques qui fonctionnement le mieux", explique Bertrand Verheyden.

Parmi les mesures les moins efficaces, on retrouve celles qui privent les individus de mobilité, en principal au sein d'une ville ou entre deux régions proches.

Le confinement le plus strict, celui qui nous assigne quasi totalement à résidence, n'est, selon les conclusions de cette étude, par l'outil le plus probant à mettre en place... alors qu'il s'agit de la mesure la plus stricte et éprouvante pour la population.  "Les politiques les moins efficaces sont celles qui restreignent la mobilité des individus", poursuit Bertrand Verheyden, "en particulier la restriction de la mobilité interne, d’une ville ou d’une région à l’autre ainsi que l’annulation des transports publics". Bien entendu, tout dépend al de la chronologie de la prise de décisions, "si les mesures citées plus haut, introduites généralement plus tôt, ont déjà produit leurs effets et ont de facto réduit la mobilité" le confinement dur et la réduction de la mobilité des citoyens sera forcément moins efficace. Décider d'un confinement total alors que les secteurs précités (ou du moins certains) sont déjà à l'arrêt ne serait, donc, selon les conclusions de ces travaux, pas forcément productif.

Et la restrictions des voyages ? Oui, mais...

"Si on avait fermé les frontières dès le début de l'épidémie, on en serait pas là où nous en sommes aujourd'hui". Cette phrase, bon nombre de personnes l'ont déjà entendue, au coin de la rue ou lors de réunions privées. Et ces personnes auraient finalement raison à en croire les conclusions de l'étude... mais partiellement ! Puisque, si ces mesures sont efficaces pour réduire les contaminations dix jours après leur introduction pour une durée de 20 jours, elles ne produisent plus leur effet ensuite, "un peu comme un barrage qui, dès qu’il y a une fuite, devient inefficace" détaille Bertrand Verheden. "Les contrôles sont insuffisamment stricts, et dès lors qu’on était au début de la pandémie, on parvenait peut-être à identifier un certain nombre de cas, et au départ, cette mesure était efficace, mais dès que quelques cas passent à travers les mailles du filet, le virus commence à se répandre à l’intérieur du pays et donc ces mesures ne sont pas efficaces".

Pour rappel, le comité de concertation se penche ce vendredi sur l'interdiction de tous les déplacements non-essentiels à l'étranger durant une période déterminée. Cette mesure aurait donc des effets positifs à court terme, avant de ne plus être efficace, d'ici un mois.