Solution miracle ? Les entreprises Coris BioConcept, Unisensor et Bio-X Diagnostics présentaient ce mardi, en compagnie du ministre wallon de l’Economie Willy Borsus (MR), un test rapide individuel et autonome pour détecter le Covid-19. Un test qui ressemble aux tests de grossesse, qui fonctionne grâce à une petite goutte de sang que l'on dépose dessus et qui livre un résultat en un quart d'heure.

Mais, avant toute chose, rappelons que les tests autonomes sont interdits par un arrêté royal jusqu’au 17 septembre et que le cadre réglementaire actuel ne permet de toute façon pas de les commercialiser en pharmacie pour une utilisation chez soi.

"Interdiction stupide" ?

"Une interdiction stupide scientifiquement et qui n’est due qu’à des raisons politiques", nous glisse sans mâcher ses mots le professeur Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses de l'UCL, présent à l’occasion pour suivre la présentation. Si des tests "faussement négatifs" ont pu motiver le monde politique à opter pour cette interdiction - pour éviter que des personnes contaminées ne se sentent pas concernées par les mesures de lutte contre le Covid-19 -, pour le professeur, c’est désormais obsolète et les tests autonomes doivent faire partie des solutions face au coronavirus.

Faire partie des solutions, c’est justement cela que les trois entreprises ont voulu mettre en avant ce mardi. Si le dossier Zentech, présent dans toutes les têtes des personnes actives dans le testing, est un sujet sensible, les responsables présents n’ont pas voulu s’attarder là-dessus. Leur test, avancent-ils, est innovateur car il permet de tester plus rapidement que les tests PCR (24 à 72h) et d’aller plus loin que les tests sérologiques actuels. Ici, le test devrait donner une réponse en quinze minutes et tester deux marqueurs différents (contrairement aux tests Zentech par exemple) et de montrer la présence d’anticorps et d’anticorps potentiellement neutralisants, ce qui permet d’augmenter la sensibilité des tests et donc leur précision.

Selon Pascal Mertens, directeur de la recherche et du développement chez Coris, cela permet d’avoir une réponse fiable à 98,5% en cas de positivité et 92,5% en cas de négativité du test. Le test a par ailleurs été validé par le LHUB (Laboratoire Hospitalier Universitaire de Bruxelles).

Willy Borsus (MR) a pu essayer le test sur place. © Belga

"On voudrait que ce test soit utilisé par les pharmacies et les médecins généralistes et, dans l’idéal, directement à la maison. Mais pour cela il faut modifier le cadre législatif au niveau fédéral", indique Thierry Leclipteux, fondateur de Coris. C’est aussi dans ce but que les entreprises ont invité Willy Borsus, qui n’a par contre rien voulu nous lâcher sur le fait de savoir si l’interdiction de tests autonomes chez soi est une mesure obsolète ou non. En tout cas, le ministre soutient l’initiative et rappelle que la Région wallonne a investi 25 millions d’euros pour soutenir les projets de recherches d’entreprises qui luttent contre le coronavirus. "On est dans une situation où on reste exposé tout le temps au coronavirus. Il faut gérer cette coexistence. Ces tests permettent d’apporter une des réponses", ajoute-t-il, rappelant que les biotechs représentent 16000 emplois directs et 35000 indirects en Wallonie. L’occasion de participer à l'activité et retrouver "un retour à la normale" au niveau économique également.

Rouvrir le débat de l’immunité collective ?

Pour le professeur Jean-Luc Gala, ce genre de tests doit coexister avec d’autres solutions. La complexité du virus ne permettrait pas d’avoir une réponse claire sur toutes les questions, au niveau du testing comme de la vaccination, mais ces solutions permettraient d’y voir plus clair en termes d’infection au sein de la population et potentiellement mieux protéger les groupes à risques. Voire aborder, avec plus de recul et de moyens la question de l’immunité collective.