Le centre national de crise et le SPF santé publique ont dévoilé ce jeudi 23 avril les dernières données relatives à l'épidémie de coronavirus dans notre pays.

Ces dernières 24h, 230 décès ont été rapportés, ce qui fait un total de 6.490 dans notre pays. On dénombre également 211 nouvelles hospitalisations mais 367 personnes ont pu quitter l'hôpital. L'élément important qui est ressorti de cette dernière conférence de presse est que pour la première fois, on est passé en dessous des 1.000 personnes en soins intensifs.


Au cours de leur point presse quotidien, les experts se sont exprimés sur cette évolution du virus en Belgique et ont apporté quelques précisions.

Le porte-parole interfédéral Emmanuel André, tableau à l'appui, a analysé la situation de la surmortalité liée au coronavirus en Belgique. "Aujourd'hui, nous voudrions faire le point sur la mortalité en Belgique. Pour faire évaluer l'impact de cette épidémie en termes de nombre de décès, un élément extrêmement important est la manière dont nous pouvons surveiller jour après jour le nombre de personnes qui décèdent. Et nous le faisons en recevant les informations des hôpitaux mais aussi du réseau de maisons de repos et de soins dans le pays. Au final, c'est l'évolution de la mortalité par la notification des décès dans chaque commune qui nous donne une vue précise sur le nombre de décès en plus que nous observons par rapport aux cinq années précédentes pour la même période de l'année. Le graphe ci-dessous vous montre, dans la courbe orange, que depuis le début de cette épidémie, la mortalité en Belgique a augmenté. Au début de l'épidémie, cette augmentation était plus limitée pour atteindre, il y a quelques semaines, près de 80% de surmortalité en Belgique."

© Sciensano

Une surmortalité importante

Le porte-parole interfédéral poursuit alors ses explications. "Cette surmortalité représente un chiffre plus important que ce que l'on peut voir notamment pendant une saison de vague de grippes ou de vague de chaleur. C'est une mortalité importante et qui concerne toutes les tranches d'âge même si nous savons que cette épidémie a particulièrement touché les personnes les plus âgées dans notre société. La courbe verte en pointillés, elle, montre le nombre de décès notifiés par les hôpitaux. On constate que ce nombre ne représente pas totalement l'augmentation de la mortalité en Belgique. Par contre, quand on voit la courbe verte continue, qui comprend non seulement les cas confirmés mais également ceux suspectés par les médecins dans les maisons de repos, on voit que cette notification intégrée - que nous avons voulu maintenir en Belgique parce que nous pensions qu'elle était la plus proche de la réalité - nous a permis d'avoir une vue correcte sur la situation."

Emmanuel André conclut sa démonstration en mettant l'accent sur deux éléments: "Donc les messages principaux à retenir, c'est que d'une part le système de surveillance en Belgique qui comprend les maisons de repos est un système qui permet d'avoir une bonne vue de la situation et de prédire la surmortalité. Le deuxième message, c'est que cette surmortalité est importante, et plus importante que d'autres événements (grippes, vague de chaleur) que nous avons connu ces dernières années."

Attention aux arnaques sur Internet

Benoît Ramacker, porte-parole du centre de crise, a pris ensuite la parole et a mis en garde contre les arnaques sur Internet. "Nous voulons vous remercier pour cet engagement que vous avez tous porté ces derniers jours dans le cadre de cet élan de solidarité. Malheureusement, certaines personnes ont de moins bonnes intentions. Sur Internet, des personnes malveillantes essaient de profiter de cette situation. Le centre belge pour la cybersécurité (CCB) a, ces dernières semaines, constaté un nombre très important de nouveaux noms de domaines qui ont été achetés avec un lien avec le coronavirus, et en particulier l'achat de masques buccaux. Une partie de ces domaines semblent être uniquement achetés pour lancer de faux sites web. Soyons donc tous sur nos gardes aujourd'hui face à ces pratiques et à ces faux sites web. Le CCB a quelques conseils pour nous aider à être mieux armés face à cette situation online. Premièrement, soyons toujours très critique avant d'effectuer un achat. Si l'offre semble trop belle pour être vraie, c'est qu'il y a vraisemblablement un piège. Le risque existe alors que les produits n'arrivent jamais ou qu'il s'agisse de contrefaçons. Deuxièmement, contrôlez toujours le domaine du site. Un magasin en ligne doit ainsi toujours indiquer clairement son nom, son adresse et son numéro d'entreprise. Si ces données ne se retrouvent pas sur le site web, alors il vaut mieux ne pas utiliser ce magasin en ligne. On reçoit également des offres par mail ou par SMS. Ne cliquez jamais sur les liens qui se retrouvent dans ces messages, car vous allez être redirigés vers un site web ou un magasin frauduleux."

Emmanuel André a ensuite répondu aux questions des journalistes.

Une récente étude française estime que 5,7% de la population française pourrait à ce stade avoir été contaminés par le coronavirus. A-t-on une estimation pour la Belgique?

"La proportion des personnes qui ont des anticorps aujourd'hui en Belgique est un élément que nous suivons. La plus récente étude de l'université d'Anvers montre qu'il y a 5 semaines, 3% de la population présentaient ces anticorps. On sait que ces anticorps se développent toujours deux semaines après l'infection. Donc on s'attend à ce qu'aujourd'hui, si on refaisait la même étude, les chiffres soient encore supérieurs. Mais il ne faut pas s'attendre à des chiffres très importants qui permettraient de se reposer sur la notion d'immunité collective. Le nombre de personnes qui vont contracter ce virus va continuer à augmenter et nous allons continuer à analyser l'immunité de notre population."

Certains hôpitaux ont fermé une unité Covid et on est sous les 50% d'occupation en soins intensifs. Quel seuil faudrait-il atteindre pour un déconfinement sans risquer de surcharger les hôpitaux par la suite? 

"Vous savez que l'occupation des lits de soins intensifs a été durant toute cette période un des indicateurs importants pour savoir à quel point notre système de santé savait répondre à cette épidémie. Cela va rester un indicateur que nous allons suivre avec le temps. Aujourd'hui, si on a passé le seuil des moins de 1.000 personnes en soins intensifs - ce chiffre reste toutefois important - ce taux d'occupation n'est pas équivalent sur tout le territoire. Même si on a encore 50% de lits qui sont libres, la situation en certains endroits reste compliquée."

En Allemagne, le taux de transmission a à nouveau augmenté. En Belgique, celui-ci était de 0,8 le 17 avril. Y a-t-il une évolution? 

"En Belgique, le taux de reproduction, c'est-à-dire le nombre de personnes qu'une personne infectée va contaminer, reste inférieur à 1. C'est une condition pour que le nombre de cas d'infection et par conséquent aussi le nombre d'hospitalisations qui s'en suivra continue à diminuer. Aujourd'hui, nous restons avec un taux de reproduction bien inférieur à 1 et il faut que cela continue comme ça pour que nous puissions continuer à diminuer l'intensité de cette épidémie."

Les chiffres montrent qu'il y a davantage de patients qui sortent de l'hôpital que de nouveaux qui y entrent. Mais le nombre d'entrées semblent rester important. Ne craignez-vous pas que cela augmente encore plus avec le déconfinement progressif?

"L'objectif du déconfinement progressif est de pouvoir maîtriser le nombre de nouvelles infections et par conséquent de nouvelles hospitalisations tout en élargissant l'environnement dans lequel nous pouvons circuler, vivre et travailler. En gardant bien sûr toutes ces règles de sécurité. Aujourd'hui, le nombre d'hospitalisations est toujours autour de 200, c'est donc bien la preuve que le virus reste présent dans notre communauté. Il ne faut certainement pas penser que passer à présent vers une autre phase, c'est passé à une réouverture non régulée de notre société."

Revoir la conférence de presse: