Mourir d'un cancer, d'une crise cardiaque, d'un accident vasculaire cérébral ou de toute autre pathologie à force de ne plus se soigner ou ne pas se rendre à l'hôpital par crainte de contracter le Covid, voilà qui devient tristement trop courant ces derniers mois.

Une fois encore, la Fondation contre le cancer (FCC) tire la sonnette d'alarme à ce sujet. Le Covid 19 a beau faire la Une depuis mars dernier, il ne doit en aucun cas occulter les autres maladies qui, elles aussi, continuent de tuer. Pour la FCC, c'est une évidence: les traitements, les examens et les dépistages ne doivent surtout pas être reportés.

Or, à lire les dernières données du Registre du Cancer, même si les chiffres plus récents jusqu'à la mi-septembre montrent une tendance au rattrapage, il reste encore 14 % de diagnostics en moins par rapport à 2019. Un mieux, certes, par rapport à juillet, où elle annonçait 44 % de diagnostics en moins lors de la première vague en se basant sur le mois d'avril 2020 par rapport à avril 2019.

Il n'empêche qu'en nombres absolus, le chiffre reste impressionnant puisque cela correspond à 5 000 personnes non diagnostiquées depuis le début du mois de mars! "Ça reste beaucoup trop, souligne la FCC. Et la seconde vague n’est pas encore prise en compte".

Il n'y a pas moins de cancers…

Raison pour laquelle la Fondation contre le Cancer souligne à nouveau la nécessité de consulter un médecin en cas de signaux d'alarme persistants. "La peur d'attraper le virus a entraîné le risque de ne pas être dépisté et/ou de ne pas recevoir de traitement, ce qui, selon le type de cancer, peut mener à des conséquences parfois très lourdes, insiste la Fondation. L'absence de diagnostic ne signifie pas qu'il y a moins de cas de cancers, mais que le diagnostic sera posé plus tard et que le traitement sera entamé à un stade plus avancé de la maladie. Il en résulte un risque de traitement plus agressif, sans parler du pronostic moins favorable. Car, comme nous le savons, les cancers n'attendent pas : un diagnostic et un traitement dès le début de l’apparition des symptômes entraîne bien plus de chances de guérison !"

Il se fait que, de mi-mars à début mai, il y a eu en Belgique une interruption temporaire des examens médicaux non essentiels. C'est ainsi que les dépistages du cancer du sein, du col de l'utérus et du cancer colorectal ont dû être temporairement interrompus avant de pouvoir être progressivement repris par la suite.

Des variations selon les types de tumeurs

Il n'en reste pas moins qu'entretemps, on a enregistré une forte baisse du nombre de diagnostics lors de la première vague. Si l'on compare en effet l'ensemble de la période du 1er mars au 18 septembre 2020 avec la même période de l’année précédente, le nombre de diagnostics de cancer du côlon a diminué de 18% chez les hommes et de 22% chez les femmes, note la FCC. Dans la population cible du dépistage (50-74 ans), la diminution est de 22% (plus d’1/5 !) pour les hommes et les femmes.

Le cancer du sein montre une baisse plus faible, de 14% tous âges confondus et de 20% pour la population cible du dépistage (50-69 ans).

Pour le cancer du col de l'utérus, en revanche, l'effet de la première vague semble être entièrement compensé et aucune diminution ne peut être observée. Ceci est valable à la fois pour la population cible du dépistage et pour tous les âges confondus

Comme en avril, l'impact est le plus important pour les cancers de la peau avec une diminution de plus de 1 sur 5 des diagnostics.

Pour le cancer de la vessie et des reins également, la diminution est d'un peu plus de 20 %. Pour le cancer de la tête et du cou, il est de 19 % et pour le cancer de la prostate, de 15 %. Pour les hémopathies malignes (cancers de la moelle osseuse ou des ganglions lymphatiques), la diminution reste en moyenne de 15%, mais ce groupe est très hétérogène avec surtout un impact limité pour les leucémies aiguës (2%).

La diminution est également moins prononcée pour d'autres cancers plus agressifs, notamment le cancer du poumon (10%), le cancer du pancréas (9%) et le cancer de l'œsophage (9%).

Pour ce qui concerne les tranches d'âge, la baisse des diagnostics reste plus significative (18%) pour les plus de 80 ans. Elle est d'environ 12% chez les 65 à 79 ans et d'environ 16% chez les 50 à 64 ans. La différence est plus faible pour les groupes d'âge de moins de 50 ans: pour les 35 à 49 ans, il s'agit d'une diminution de 9% et pour les 20 à 34 ans de 5%.

Le rattrapage doit se poursuivre

"Tout ceci souligne encore le rôle majeur des programmes de dépistage dans les diagnostics précoces et donc toute l’importance d’y participer", rappelle la FCC qui espère que le mouvement de rattrapage se poursuivra et tient à souligner que "les professionnels de la santé qu’ils soient intra ou extra hospitaliers ont mis tout en œuvre pour poursuivre les soins indispensables, tels que ceux concernant les cancers, et dans des conditions optimales de sécurité pour les patients".

"Même si ces données sont encourageantes, le rattrapage doit se poursuivre. On peut d’ores et déjà se demander quel sera l’impact du deuxième confinement, même s’il est moins strict que le premier, et quel sera l’impact de ces retards sur le stade de la maladie au moment du diagnostic. Il est trop tôt pour le savoir mais cela pourra malheureusement faire partie des graves conséquences collatérales de cette pandémie", a commenté le Dr Anne Boucquiau, directrice médicale et Porte-parole à la Fondation contre le Cancer.