"Aujourd’hui il y a un grand nombre de personnes qui sont porteuses du virus sans avoir de symptômes. Et donc, il est tout à fait possible que même après deux semaines sans symptômes vous soyez toujours infectieux pour les autres", indiquait il y a quelque temps le virologue Emmanuel André, en soulignant le fait que " la fin de la quarantaine ne signifie pas nécessairement que l’on doit relâcher les efforts".

Une quarantaine qui porte en fait assez mal son nom, puisqu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une mise à l'écart de quarante jours, censée être la période pendant laquelle on est supposé être encore susceptible de transmettre le virus.

D'où la question que l'on est encore nombreux à se poser: combien de temps reste-t-on contagieux quand on a été testé positif? A ce jour, il faut reconnaître qu'il n'y a pas encore de réponse vraiment claire et précise, à entendre les divers spécialistes que nous avons interrogés à ce sujet.

Cela reste très difficile à évaluer

" On ne sait pas encore exactement quelle est la durée de la contagiosité une fois que l'on a été testé positif, nous dit le Pr Stéphane De Wit, chef du Service des maladies infectieuses au CHU Saint Pierre . On ne peut pas donner une réponse scientifiquement fondée sur des arguments indéniables. C'est en effet très difficile à évaluer car le test PCR peut rester positif très longtemps. Mais ceci ne signifie absolument pas pour autant que l'on est contagieux. Il peut simplement s'agir de matériel génétique, un peu de RNA du virus mais pas du tout du virus qui est capable de se multiplier. Cela étant, on estime que la contagiosité s'arrête assez vite. Et c'est probablement lié à la sévérité de la maladie. Il est probable que quand on fait une forme peu sévère, sept jours après le début des symptômes, la contagiosité est déjà fort diminuée. Et lorsque l'on fait une forme plus sévère, on reste peut-être contagieux plus longtemps. Ceci dit, tout cela reste des suppositions et des estimations car nous ne disposons toujours pas à l'heure actuelle de test qui permette d'établir ou non la contagiosité d'un individu puisque la PCR ne veut pas dire que l'on est contagieux."

Et si l'on faisait des cultures virales? " Ce serait le meilleure moyen, en effet, selon ce spécialiste. Il faudrait refaire un frottis de gorge et le mettre en culture. Et si le virus se multiplie, cela voudrait dire que l'on serait encore contagieux. Mais cela ne fonctionne pas dans la routine; il y a trop d'échecs. Donc, n'ayant toujours pas d'outil fiable, on table sur des probabilités. Il est vrai que l'on reste un peu démuni à ce niveau".

Une mise en quarantaine de 14 jours est suffisante

" Par rapport à la contagiosité d’une personne testée positive mais sans symptômes, les études disponibles ont regardé le temps entre le premier test positif (par PCR) et le retour à une absence de virus détecté (PCR négative), nous explique pour sa part le Dr Jean Ruelle, virologue à l'UCLouvain. Cette durée tourne autour de 5 jours, avec des variabilités allant jusqu’à 10 jours. Donc, pour des personnes testées positives mais ne présentant pas de symptômes, une mise en quarantaine de 14 jours est suffisante. Même si elle est asymptomatique, la personne peut émettre du virus dans l’environnement et doit donc rester chez elle pour éviter de causer des transmissions. N’oublions pas qu’une personne positive en PCR sans symptômes peut aussi être présymptomatique, et développer des symptômes dans les jours qui suivent. C’est une notion qui a son importance maintenant en Belgique dans le sens où plus de patients sans symptômes seront testés avec la mise en place du "tracing". Un patient ne développant pas de symptômes va en moyenne émettre du virus via les sécrétions respiratoires pour une durée plus courte qu’un patient développant des symptômes, mais il faut l’isoler".

Les recommandations et les critères hospitaliers

Et donc, si l'on s'en remet aux recommandations de Sciensano sur le moment opportun pour "désisoler", dans les sept jours après le début des symptômes, si l'on est devenu asymptomatique, on n'est plus contagieux. Une autre manière de le dire est que l'on n'est plus contagieux trois jours après la fin des symptômes.

Ce sont en effet les critères admis en milieu hospitalier. Si un patient Covid-19 est transféré dans une unité non Covid avant son retour à domicile, pour éviter toute transmission nosocomiale, le patient restera en isolement gouttelettes-contact-lunettes de protection jusqu'à, en général, 14 jours après le début des symptômes et avec au moins trois jours sans fièvre et une nette amélioration des symptômes respiratoires. Pour les cas sévères (Séjour en unités de soins intensifs), il restera en isolement 28 jours après le début des symptômes avec au moins trois jours sans fièvre et une nette amélioration des symptômes respiratoires. Ou au moins 14 jours depuis le début des symptômes (dont trois jours sans fièvre et une nette amélioration des symptômes respiratoires) et deux RT-PCR négative avec prélèvements naso-pharyngés ou échantillons des voies respiratoires basses prélevées à intervalle égal ou supérieur à 24h.

Pourquoi ces deux définitions ou façons de voir, l'une prenant la date de début et l'autre la date de fin? Parce que cela va dépendre de la sévérité des symptômes. Il est probable qu'un patient qui a séjourné aux soins intensifs est plus contagieux qu'une personne qui n'a fait qu'un petit rhume.

" Quand on fait une forme légère, il semble que la réaction immunologique soit simplement locale, précise le Pr De Wit . Et dans ce cas, on fait des immunoglobulines de type A qui risquent de disparaître et ne pas donner une immunité à long terme. A l'inverse, quand on fait une forme sévère, on pense de plus en plus que ces personnes vont développer des immunoglobulines de type G, qui sont les immunoglobulines potentiellement protectrices. Les études parues à ce jour semblent en effet démontrer que l'immunité est liée à la sévérité des symptômes: à savoir plus on a des symptômes plus on est immunisé puisque la stimulation antigénique (par le virus) est plus forte. Et cette immunité couvre tout le corps".

Plus on a de symptômes, plus on développe d'anticorps

Plusieurs études semblent en effet aller en ce sens: plus on a de symptômes, plus on va développer des anticorps. " Ce n'est pas totalement incompatible avec les formes sévères puisque dans celles-ci, il y a cette hyper réaction de l'immunité, ce que l'on appelle les tempêtes cytokiniques, commente encore le Pr De Wit. C'est "embêtant" parce qu'il y a des dégâts mais peut-être que cela offre à ceux qui en réchappent une immunité que n'auront pas ceux qui ont fait une forme légère. Mais peut-être aussi que les personnes ayant fait une forme légère ont des caractéristiques génétiques ou immunologiques qui font que, en cas de rechute, elles feront à nouveau une forme légère. Peut-être est-on programmé pour des formes soit légères soit sévères. Il faudra attendre des études de cohorte pour savoir ce qu'il en est. Mais il faudra un recul de six mois à un an pour voir l'histoire naturelle chez des patients".
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