Le problème peut sembler anecdotique alors que notre pays fait face à une violente recrudescence de l’épidémie de Covid-19, il est pourtant très sérieux comme l’illustre la campagne de sensibilisation lancée ce mercredi par le service Milieu marin du SPF Santé publique.

Alertées par la prolifération des masques buccaux jetables sur les plages et en mer du Nord, les autorités souhaitent en effet attirer l’attention du public sur l’impact non négligeable qu’ont ces déchets sur l’environnement marin déjà sous forte pression. Ces masques buccaux s'ajoutent en effet à la moyenne de 8 millions de tonnes de déchets plastiques qui polluent les océans chaque année. S’y additionnent en outre des gants en latex et autres bouteilles de gel hydroalcoolique.

Emporté par le vent et les cours d'eau, un masque buccal abandonné en rue a de très fortes chances de finir par échouer en mer, rappelle le SPF Santé publique. Composé de matériaux non biodégradables, il mettra jusqu'à 450 ans pour se décomposer, libérant au passage des millions de micro-fragments de plastique qui sont ingérés par les animaux marins (crevettes, moules, méduses…) et contaminent l’ensemble de la chaîne alimentaire

Réutilisables vingt à trente fois

Cette problématique n’est évidemment pas propre à la Belgique, comme l’illustre le travail réalisé par un groupe de scientifiques français qui propose un moyen simple pour réduire ce fléau à la source : réutiliser les masques chirurgicaux vendus pour un usage unique. L’idée n’est évidemment pas d’enfiler et de ré-enfiler cette couche de protection sans se poser de question, mais bien de respecter une série de consignes (voir infographie) permettant un réemploi dans des conditions sanitaires optimales.

© IPM

"En stockant les masques chirurgicaux qui ont été portés dans des enveloppes en papier pendant une semaine avant leur réutilisation, on ramène la présence de virus à des niveaux quasiment indétectables dans la grande majorité des cas", explique Virginie Courtier-Orgogozo, chercheuse en génétique de l'évolution et directrice de recherche au CNRS, et membre de ce collectif baptisé "Adios Corona". Une opération qui pourrait être répétée vingt à trente fois par masque.

Mieux que les masques en tissu

Cette proposition, que ces chercheurs bénévoles ont personnellement expérimentée, peut paraître ridicule voire risquée au premier abord. Elle repose cependant sur une analyse approfondie de la littérature scientifique disponible.

L’une de ces études, complète Adrien Chopin, chercheur post-doctorant en sciences cognitives à l'Institut de la Vision à Paris, "a simulé l’utilisation des masques FPP2 – fabriqués dans le même matériau que les masques chirurgicaux - en les humidifiant avec un aérosol dont la composition est semblable à l’air que nous expirons. Ils ont répété le test pour mesurer la dégradation de la qualité de filtration, puis ils ont stocké ces masques durant une semaine avant de les soumettre à nouveau au même exercice de simulation. En Europe, un masque FPP2 doit assurer un niveau de filtration des aérosols de 94 % pour être considéré comme valable. Pour un masque chirurgical, le niveau est de 90 %. Les résultats de ces tests montrent que la qualité de filtration se dégrade très doucement et de manière linéaire. On voit que vingt à trente utilisations permettent de conserver un niveau de protection suffisant et, dans tous les cas, supérieur à celui des masques en tissu qui ont un niveau de filtration maximum de 80 % et dont le port est aussi recommandé par les autorités".

Les atouts du papier

Alors que les coronavirus perdent peu à peu leur pouvoir infectant à température ambiante, d’autres travaux ont pour leur part mis en évidence leur brève temps de survie sur le papier. Sur un tel support, 99% des coronavirus ont en effet disparu en trente minutes, et aucun ne subsiste après trois heures alors qu’ils persistent jusqu’à quatre jours sur un support en plastique. D’où la recommandation d’utiliser des enveloppes en papier qui possèdent en outre un bon pouvoir absorbant, accélérant le processus de séchage du masque.

Cette solution est efficace pour la population générale même si elle ne garantit pas une désinfection absolument totale du masque, reconnaissent les membres d’Adios Corona dont la proposition fait l’objet de toute une série d’explications et conseils pratiques sur leur site Internet. Elle demande notamment une gestion logistique rigoureuse des enveloppes dans lesquelles les masques sont stockés, de manipuler ces protections avec soin et de s’assurer que celles-ci ne présentent aucun défaut notamment au niveau de la barrette en métal permettant leur ajustement au niveau du nez.

Mais outre la pollution plastique évitée, elle permet de réduire la consommation de pétrole qui sert à la fabrication du matériau polypropylène, tandis que les usagers s’épargneront pour leur part l’achat répété de ces coûteux masques fabriqués en Chine dans la plupart des cas.