Le coronavirus chinois constitue-t-il une urgence de santé publique mondiale ?

Un virus qui se propage à la vitesse grand V, des villes chinoises mises en quarantaine, le réseau ferroviaire à l’arrêt, des contrôles thermiques des passagers en provenance de Chine qui s’intensifient et se multiplient dans les aéroports, les festivités du Nouvel An chinois annulées, les Bourses d’Asie qui s’effondrent, le port du masque qui se généralise, des villes à l’arrêt, le bilan des victimes et des personnes contaminées qui s’alourdit de jour en jour… le moins que l’on puisse dire est que les choses s’accélèrent et que l’on ne badine pas avec le nouveau coronavirus apparu sur un marché de Wuhan en décembre dernier.

Fort de la mauvaise expérience vécue avec l’épidémie de Sras, qui avait fait 774 victimes dans le monde, dont 648 en Chine et à Hong Kong, en 2002-2003, où le temps de réaction fut bien trop long et où Pékin avait été vivement critiqué pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’épidémie, les autorités ont cette fois pris les choses en mains rapidement et ont déployé les grands moyens de manière à tenter d’enrayer efficacement la propagation du virus.

À Genève, où siège l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le directeur Tedros Adhanom Ghebreyesus a salué les mesures "très, très fortes" prises par la Chine, estimant qu’elles allaient "diminuer" les risques de propagation hors de ses frontières. Mercredi, l’organisation réunissait son comité d’urgence pour décider si le nouveau virus constitue une "urgence de santé publique de portée internationale". Les experts n’étant pas parvenus à se mettre d’accord sur la question, l’organisation a poursuivi la réunion jeudi.

Transmission et origine

Le branle-bas de combat a commencé lorsqu’un scientifique chinois a admis que la transmission du virus pouvait se faire d’humain à humain et pas seulement de l’animal à l’homme.

Quant à l’origine du virus, selon une étude génétique, le nouveau coronavirus a pu prendre naissance chez la chauve-souris, le nouveau virus s’avérant très similaire à une souche virale présente chez cet animal, qui pourrait être le réservoir du virus, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il l’aurait transmis à l’homme. Un article du Journal of Medical Virology affirmait que le serpent pourrait servir d’intermédiaire avec l’être humain.

Mais le marché de Wuhan vendait des produits variés : de la mer, mais aussi du gibier, des animaux sauvages, des rats, des renards, des crocodiles, des louveteaux, des salamandres géantes, des serpents, des paons, des porc-épics ou de la viande de chameau… On se souvient qu’en 2002-2003, c’est la civette qui avait été à l’origine de l’épidémie de Sras. Les Chinois se vantent volontiers de manger "tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui nage sauf les bateaux et tout ce qui vole sauf les avions" - y compris des espèces rares prisées pour leurs supposées vertus thérapeutiques. Or, selon Christian Walzer, de l’association écologiste américaine Wildlife Conservation Society, 70 % des nouvelles maladies infectieuses proviennent d’animaux sauvages et les marchés sont les endroits rêvés pour que les virus se transmettent à l’homme.

Où en sommes-nous à ce jour ?

Le bilan officiel - que certains scientifiques estiment comme sous-évalué - fait état de près de 600 personnes contaminées et 17 morts. Depuis les premiers cas apparus dans la ville de Wuhan, d’autres cas ont été signalés au Japon, aux Philippines, en Corée du Sud, à Taiwan, à Singapour, en Thaïlande et aux États-Unis.

Pour ce qui est des mesures prises, depuis 10 h locales jeudi, plus aucun train ni avion ne devait en principe quitter Wuhan, la cité de 11 millions d’habitants située en plein centre de la Chine. Quant aux sorties autoroutières de la ville, des policiers stoppaient certains véhicules afin de prendre la température corporelle des occupants, sachant que la fièvre est l’un des symptômes de l’infection.

En Belgique, l’aéroport de Bruxelles estime qu’il n’y a pas de risque pour la Belgique et qu’aucune mesure spécifique n’est pour l’instant nécessaire.

Quant aux espoirs de développement d’un vaccin spécifique contre ce nouveau coronavirus, il faudra attendre des mois avant de pouvoir procéder à des essais cliniques et au moins un an avant qu’il ne soit disponible, selon l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (Gavi).

© AFP