Avec le cap des 30.000 morts franchi au Brésil, le coronavirus continue sa progression fulgurante en Amérique latine alors que l'Italie, l'un des pays européens les plus touchés mais où l'épidémie marque le pas, rouvre ses frontières mercredi.

Le géant latinoaméricain de 212 millions d'habitants a enregistré mardi un record journalier de décès dus au virus, portant à 31.199 le nombre de morts, pour 555.383 malades confirmés du Covid-19, selon le ministère de la Santé. Ces chiffres, que la communauté scientifique juge grossièrement sous-évalués, situent le Brésil à la 4e place mondiale pour les morts, derrière les Etats-Unis - qui restent de loin le pays le plus durement frappé avec 106.180 morts - le Royaume-Uni (39.369) et l'Italie (33.530).

Au total, la pandémie de Covid-19 a tué au moins 379.585 personnes sur la planète depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles.

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Les principaux foyers brésiliens sont l'Etat de Sao Paulo, locomotive économique et culturelle du pays, et celui de Rio de Janeiro, grand pôle touristique. Tous deux ont amorcé un déconfinement, préoccupant certains scientifiques: "Dans la situation actuelle, tout relâchement des mesures de confinement revient à asperger de l'essence sur le feu", a averti Rafael Galliez, infectiologue de l'Université Fédérale de Rio (UFRJ).

Le Brésil, dont le président Jair Bolsonaro appelle régulièrement à la levée des restrictions pour préserver l'économie et l'emploi, représente plus de la moitié des cas de contamination et des morts du Covid-19 en Amérique latine.


Le virus continue de s'y propager à grande vitesse : la Colombie, frontalière du Brésil, a dépassé les 1.000 morts moins de trois mois après la détection du premier cas de contagion; le Mexique, qui amorce aussi la reprise de son activité économique, en compte plus de 10.000 et le Pérou en déplore plus de 4.600.

En Bolivie, plus de 10.500 cas de Covid-19 et plus de 300 décès ont été enregistrés, des chiffres en nette croissance. Dans ce pays, les autorités des villes de La Paz et d'El Alto vont marquer avec des écriteaux les maisons des malades qui refusent de se confiner, face aux nombreuses violations des mesures sanitaires par des personnes contaminées.

Au Venezuela, le Covid-19 a déclenché un rapprochement inespéré entre deux ennemis jurés: le président socialiste Nicolas Maduro et l'opposant Juan Guaido, qui ont conclu un accord pour rechercher ensemble des fonds contre la maladie.

"Ponts aériens"

Le quasi-retour à la normale se poursuit en Europe, où les Français ont pu boire leur café en terrasse mardi et où des hauts-lieux touristiques comme le musée Guggenheim de Bilbao (Espagne), le Grand Bazar d'Istanbul ou le Colisée à Rome ont prudemment rouvert.


Dans l'espoir de sauver son industrie touristique minée par la crise sanitaire, l'Italie - dont l'une des régions, la Lombardie (nord), a été l'épicentre de l'épidémie sur le Vieux Continent - rouvre mercredi ses frontières aux touristes européens.

Si les Italiens pourront également circuler librement entre les régions, les interdictions de grands rassemblements et l'obligation du port du masque dans les lieux clos et dans les transports publics restent en vigueur.

La crise épidémique "n'est pas terminée", a en effet prévenu le président de la République, Sergio Mattarella.

Avec près de 33.000 morts, l'Italie est le deuxième pays le plus endeuillé d'Europe, derrière le Royaume-Uni.

Le gouvernement britannique envisage d'instaurer des ponts aériens avec certains pays faiblement affectés, qui permettraient ainsi d'éviter à de nombreux voyageurs entrant au Royaume-Uni d'observer la quarantaine, redoutée par les professionnels du tourisme.

De son côté, la Lettonie lève mercredi l'obligation de quarantaine pour les voyageurs en provenance de plus de vingt pays européens, une mesure déjà adoptée par l'Estonie et la Lituanie voisines. Et l'Allemagne, première économie européenne, doit se prononcer ce même jour sur une levée des mises en garde sur les voyages touristiques dans l'Union européenne, mises en place pour lutter contre le coronavirus.

L'accélération de la propagation se confirme en Iran

L'accélération de la propagation de la maladie Covid-19 se confirme en Iran, où plus de 3.000 nouveaux cas quotidiens ont été confirmés pour le troisième jour de suite, selon des chiffres officiels publiés mercredi. Entre mardi midi et mercredi à la mi-journée, 3.134 nouveaux cas de patients ont été enregistrés (17 de plus que la veille), ce qui porte à 160.696 le nombre total de personnes recensées comme ayant été contaminées par le nouveau coronavirus en Iran, a déclaré le porte-parole du ministère de la Santé, Kianouche Jahanpour à la télévision d'Etat.

Avec le décès de 70 patients supplémentaires en 24 heures, ce sont "8.012 personnes en tout (qui) sont mortes (du virus) depuis l'apparition de la maladie" sur le territoire de la République islamique, a ajouté M. Jahanpour lors d'une interview réalisée par téléphone.

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L'OMS note un "lent" déclin des contaminations en Russie

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a noté mercredi un "lent" déclin des cas d'infection au nouveau coronavirus en Russie, à quelques semaines d'un scrutin sur une réforme constitutionnelle chère à Vladimir Poutine. "Nous voyons un vrai déclin, même s'il est lent, de l'indice d'infection en Russie, notamment à Moscou", a déclaré Melita Vujnovic, représentante de l'OMS en Russie, lors d'un briefing en ligne.

La propagation de l'épidémie s'est stabilisée en Russie depuis une quinzaine de jours, selon les autorités, même si le pays, qui a commencé un déconfinement prudent selon les régions le 12 mai, enregistre encore entre 8.000 et 9.000 nouveaux cas chaque jour.

Ainsi, la Russie a recensé officiellement mercredi 8.536 nouveaux cas de coronavirus en 24 heures et 178 décès, alors que 8.972 personnes ont guéri. Au total, 432.277 cas positifs de nouveau coronavirus ont été recensés officiellement à ce jour dans le pays, dont 5.125 décès, et environ 196.000 personnes ont guéri.

Lundi, le président russe Vladimir Poutine a estimé que le pays pouvait revenir à une "vie normale", et a fixé au 1er juillet le vote sur l'adoption d'amendements à la Constitution, notamment celui censé lui permettre de pouvoir rester au pouvoir jusqu'en 2036. Prévu à l'origine fin avril, ce référendum avait été reporté sine die en raison de l'épidémie en Russie du nouveau coronavirus.

Estimant le "pic" pandémique "passé en Russie, M. Poutine a aussi ordonné la tenue le 24 juin d'un grand défilé militaire pour marquer les 75 ans de la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie, prévu à l'origine le 9 mai mais repoussé aussi à cause de la pandémie.