Les mesures qui ont été annoncées mardi par le gouvernement fédéral, en particulier celle de déconseiller des rassemblements à l'intérieur de plus de 1.000 personnes, arrivent au bon moment dans la lutte contre la propagation du coronavirus, estiment les autorités scientifiques.

Ce sont des recommandations collectives fortes, qui renforcent les initiatives déjà prises, plus individuelles, et qui, si elles sont respectées, permettront de freiner la dispersion du Covid-19, insistent-elles. La Belgique est passée en phase 2 "renforcée" depuis lundi pour lutter contre l'épidémie du coronavirus. Le conseil national de sécurité, qui réunit les autorités fédérales et fédérées, a dans la foulée recommandé mardi d'annuler les événements de 1.000 personnes et plus qui se trouvent à l'intérieur. Cela pour l'ensemble du mois de mars.

Les événements se déroulant à l'extérieur peuvent être maintenus mais il est déconseillé aux personnes à risque (âgées, souffrant d'autres infections...) de se rendre dans des événements rassemblant énormément de personnes. Du côté des entreprises, le travail peut se poursuivre mais les autorités encouragent les sociétés à organiser davantage de télétravail et à être flexibles sur le temps de travail, en permettant notamment de partir plus tôt vers son lieu de travail ou en y arrivant plus tard et en évitant ainsi qu'il y ait trop de monde dans les transports en commun.

Enfin, le conseil national de sécurité invite aussi à respecter les recommandations en matière d'hygiène et à davantage de distanciation entre les citoyens et à éviter les serrages de main et les embrassades.

"Aujourd'hui, ces mesures touchent la collectivité. Mais, si elles sont suivies, elles peuvent diminuer les opportunités que le virus se transmette", justifie Emmanuel André, du laboratoire de référence de la KULeuven, qui en appelle à la "solidarité" des citoyens.

"Ce sont ces petits changements dans notre comportement individuel qui ont le plus d'impact. Et il peut être énorme", appuie Steven Van Gucht, président du Comité scientifique pour le coronavirus. "Restez à la maison si vous êtes malades et essayez de travailler depuis votre domicile."

Leur timing est très important, insiste-t-il. Il y a en effet de plus en plus de contaminations secondaires en Belgique, c'est-à-dire de personnes qui ne reviennent pas de zones à risque, comme l'Italie, ou qui ont été en contact avec des personnes infectées. On ignore donc comment elles ont été touchées. "C'est comme pour éteindre un feu. A un moment c'est trop tard..." La Belgique bénéficie d'une certaine manière de ce qui a pu se passer dans d'autres pays comme la Chine ou l'Italie, où on a peut-être réagi trop tard, et a pu apprendre de ces mauvais exemples mais aussi des pays où l'on a réagi plus adéquatement, expliquent les deux scientifiques.

On est au début de l'épidémie, qui est "bien lancée", rappelle Emmanuel André. Il invite dès lors à ne pas trop se focaliser sur les chiffres de contaminations publiés quotidiennement par le SFP Santé publique, qui sont "sous-évalués" et qui n'englobent pas l'ensemble des cas avérés. Celui-ci tient plus d'un indicateur et d'un outil, confie-t-il.

Les personnes potentiellement contaminées ne sont en effet plus nécessairement testées avec un échantillon envoyé pour analyse car le matériel de test vient à manquer. "On a eu un début de surveillance très actif avant l'arrivée du virus sur le sol belge. Puis il y a eu un premier pic de tests avec le retour des vacances du nord de l'Italie", détaille Emmanuel André. Désormais, la stratégie est de cerner les groupes prioritaires chez qui effectuer les tests.

D'autres moyens de surveillance et de détection, comme l'utilisation d'un échantillon représentatif à l'image de ce qui se passe pour la grippe, sont désormais utilisés pour évaluer le nombre de personnes touchées par le Covid-19. "Pour suivre une épidémie, il n'est pas nécessaire de tester Mr et Mme Tout-le-monde", assure le scientifique de la KULeuven.

En mettant en place ces différentes mesures, les autorités scientifiques du pays entendent rester proportionnelles et ne pas réagir trop drastiquement. Elles souhaitent surtout de la sorte éviter de mettre une forte pression sur le système des soins de santé et de le faire déborder. Pour Emmanuel André, "l'objectif n'est pas d'arrêter l'épidémie mais de diminuer son intensité". Son pic interviendra plus tard si les mesures et recommandations sont respectées.

Le printemps et l'été devraient, enfin, être des facteurs ralentissant la dispersion du virus, estiment les deux scientifiques.