Attendus depuis de nombreuses semaines, les résultats de l'essai européen Discovery devaient être communiqués ce jeudi, selon les dires d'Emmanuel Macron. Pourtant, il est peu probable qu'ils le soient. La raison ? Un manque de patients inclus dans l'étude, puisque les pays européens n'entrent pas dans la danse. La France a inclus 742 patients sur les 800 qu'elle avait prévu. L'objectif était d'atteindre au moins 3200 patients en Europe. Et à part le Luxembourg qui en a testé un seul, aucun autre pays européen ne s'est lancé dans ces tests.

Deux raisons à ce frein. Premièrement, l'OMS a également lancé un essai, appelé "Solidarity", beaucoup moins exigeant en termes de contraintes, peut-on lire sur La Croix. Ce qui fait que les pays se sont plutôt tournés vers celui-ci. Deuxièmement, l'essai Discovery coûterait entre 4.000 et 5.000 euros par patient. Ce qui décourage certains pays à entrer dans la danse et est tout bonnement trop cher pour d'autres.

De fortes attentes

Cet essai avait pourtant suscité beaucoup d'espoir. Il est basé sur quatre traitements qui ne sont pas des molécules conçues spécifiquement pour cibler le nouveau coronavirus mais des médicaments déjà existants "repositionnés" : l'antiviral remdesivir, l'association lopinavir/ritonavir (Kaletra), ces anti-rétroviraux combinés avec l'interferon beta, l'hydroxychloroquine, dérivé de l'antipaludéen chloroquine. Ces traitements sont testés sur quatre groupes de patients. Un cinquième groupe reçoit quant à lui des "soins standards", référence pour évaluer le bénéfice des autres traitements. Chaque groupe a besoin d'au moins 600 patients pour établir des statistiques relativement fiables. D'où la faible probabilité de résultats dès ce jeudi.

Un comité indépendant devait se réunir lundi pour analyser les données recueillies et dire si un "signal d'efficacité" se dégage pour l'un des traitements testés. Mais "la probabilité" que rien n'émerge encore et qu'il recommande simplement de poursuivre les inclusions de nouveaux patients "est la plus importante", avait prévenu le Pr Yazdan Yazdanpanah, patron du consortium de recherche REACTing qui chapeaute Discovery.

En dépit des espoirs importants, notamment ceux placés par certains médecins et responsables politiques dans l'hydroxychloroquine (défendue par le très médiatisé professeur Didier Raoult), il ne faut pas s'attendre à une "molécule miracle", car sinon, les chercheurs qui ont démarré des essais plus tôt, en Chine et en Italie, "l'auraient déjà trouvée", avait prévenu la Pr Florence Ader, qui pilote l'étude.