Alors que l'Europe se barricade face à la progression inexorable du SARS-CoV-2, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont décidé de miser au contraire sur un laisser-faire. Si les tactiques veulent toutes deux stopper la pandémie, les méthodes sont bien différentes.

Une pandémie, deux stratégies. Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, les scientifiques opposent deux approches à adopter pour stopper la propagation du virus. Dans un rapport publié lundi sur l'impact des mesures non pharmaceutiques sur le taux de mortalité lié au Covid-19, l'Imperial College London revient sur ces deux approches.

L'atténuation (ou immunité collective) vise à laisser le virus circuler. C'est le choix opéré par les Pays-Bas ou le Royaume-Uni (qui va certainement revenir sur sa décision). Pour favoriser le développement d'une immunité collective dans l'attente d'un vaccin, les autorités misent sur le fait que les citoyens non vulnérables seront contaminés par le nouveau coronavirus. Les personnes âgées et les malades, eux, doivent être davantage protégés. Le confinement n'est donc pas total même si cette mesure peut s'accompagner de la fermeture des écoles, bars, restaurants...

La suppression (via le confinement) a pour but de stopper la transmission du virus en ramenant en dessous de 1 le taux de reproduction de base de la maladie (nombre de personnes qu'un malade peut contaminer en moyenne durant toute sa période contagieuse), actuellement de 2,4. Cela oblige les États à adopter les mesures drastiques de confinement, que l'on connaît actuellement en Italie, Espagne, en France ou en Belgique.

Le coût humain de l'immunité collective

Si l'immunité collective se veut pérenne, en évitant la résurgence du virus dans le futur, elle est très coûteuse en vie humaine et aura des conséquences néfastes à plus long terme sur le système de soins de santé des pays. En outre, rien n'indique qu'une personne reste immunisée après avoir été atteinte du nouveau coronavirus.

Cette stratégie conduirait à une surcharge excessive des services de soins et des lits d'hôpitaux, "huit fois supérieure à ce que peut supporter le système santé, dans le meilleur des scénario." En transposant les données de la population chinoise à celles britannique et américaine, les chercheurs montrent que 30% des personnes hospitalisées auront besoin de soins intensifs, correspondant à 16 jours d'hospitalisation au total. 50% des personnes en soins intensifs mourront, en plus des personnes à risque ne se trouvant pas en soins intensifs.

Les scientifiques prévoient plus de 250.000 décès au Royaume-Uni et 1,1 million aux États-Unis, avec de simples mesures d'immunité collective. L'avantage de ce choix : il est censé permettre de réduire la durée de la crise et donc de moins impacter l'économie du pays.

Le coût économique et social de la suppression

"La suppression des épidémies est la seule stratégie viable à l'heure actuelle", affirment les scientifiques de l'Imperial College of London, dans leur rapport

Cependant, cette stratégie est difficilement tenable politiquement sur le long terme. Pour qu'elle soit efficace, elle doit être maintenue, "jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible", ce qui pourrait prendre "18 mois, ou plus" afin d'éviter un rebond futur de la maladie, selon l'Imperial College. Cette stratégie pourra connaître des tendances : plus contraignantes ou plus laxistes selon les périodes et le nombre de cas. Le coût économique et social d'un tel confinement serait considérable.

Ce coronavirus reste toutefois un nouveau virus que les scientifiques cherchent encore à comprendre, leurs conclusions peuvent dès lors être amenées à changer.