Suite à la recrudescence du coronavirus, le testing constitue un des outils sur lesquels les autorités sanitaires misent pour contrer la seconde vague. Si les capacités de tests augmentent de semaine en semaine, beaucoup de patients se plaignent encore d'un temps d'attente trop important. Certains ont pour cela trouvé une astuce: les réseaux de santé numériques. Cependant, si des utilisateurs affirment y avoir pu consulter leurs résultats très rapidement, d'autres n'ont pas eu la même chance et ont d'abord été avertis par leur médecin. “Le délai de réception des résultats dépend du laboratoire qui les encode dans la plateforme”, rapporte Cécile Palies, responsable communication du réseau de partage de données de santé bruxellois, Abrumet.

Deux autres différences existent en fonction de l'endroit où est réalisé le test. Ainsi, quand le dépistage est effectué dans un laboratoire privé, il est plus simple de remonter la chaîne pour savoir où en sont les résultats. Par contre, pour les tests réalisés en hôpital, les patients risquent de rencontrer plus de difficultés. Les services hospitaliers envoient généralement les prélèvements à plusieurs sous-traitants différents.

Des outils "indispensables"

Les résultats du dépistage sont publiés sur un des quatre systèmes en ligne de soins partagés. Le Réseau Santé Wallon (RSW), CoZo (Collaboratief Zorgplatform), Vlaams Ziekenhuisnetwerk KU Leuven (VznKUL) et Abrumet, le réseau de santé bruxellois, se partagent les données médicales des Belges. Ces outils numériques permettent aux patients, aux prestataires de soins et aux établissements de santé d'échanger des informations médicales, tout en respectant le caractère privé des renseignements. Chaque utilisateur se voit attribuer un dossier médical en ligne reprenant toutes ses données de santé et ses antécédents.

“Les réseaux de collaboration sont indispensables en 2020”, explique le Dr. Giovanni Briganti, médecin et expert en intelligence artificielle dans le domaine de la santé à l’ULB. Le patient devient “protagoniste de sa propre santé” et le corps médical a accès aux données plus facilement. “Ces plateformes sont essentielles pour les médecins, ajoute le Dr. Briganti. Si nous prenons l’exemple d’un individu inconscient, le système permet au praticien de connaître les antécédents du malade sans devoir lui parler.”

Un succès mitigé

Les réseaux de soins collaboratifs existent depuis plusieurs années, mais restent peu utilisés. “Ces plateformes n’ont pas beaucoup de succès auprès des particuliers, qui ignorent généralement l’existence de cette ressource”, confie le médecin, expert en intelligence artificielle. Sur le site bruxellois, 844.000 personnes ont donné leur consentement pour que leur dossier médical soit numérisé. Les responsables enregistrent pourtant seulement 2.500 connexions mensuelles. Même en période de crise épidémiologique l’interface ne dépasse pas 6.000 visiteurs.

Comment expliquer ce manque d’engouement pour l’e-santé ? Une piste de réponse se trouve dans les variations entre le nord et le sud du pays. Des différences de traitement persistent, en effet, entre les réseaux flamands et les plateformes francophones. En Flandre, les médecins donnent immédiatement aux patients accès à tous les documents. “En Wallonie il faut compter 15 jours et à Bruxelles 30 jours", commente Cécile Palies. Quand les utilisateurs se rendent sur l'une des plateformes francophones, ils voient quels documents font partie de leur dossier, mais ils ne peuvent pas en regarder le contenu. Ils constatent donc qu'ils ont consulté un docteur, sans pouvoir lire le rapport du praticien. “C’est l’auteur, donc le médecin, qui décide de l’accessibilité. Souvent c’est compliqué pour des raisons juridiques ou techniques”, déplore la responsable communication Abrumet. Dès le mois de septembre, le réseau bruxellois tentera de favoriser l’accessibilité des documents en profitant de l’aide des plateformes flamandes CoZo et VznKUL.

Qui a accès à la plateforme?

Toute personne possédant une carte d'identité électronique belge (eID) peut accéder aux systèmes. “Pour les étrangers ou les personnes sans document d’identité, des alternatives existent. Ils ont droit aux mêmes accès aux plateformes que les résidents belges”, assure Cécile Palies. 

En dehors des citoyens, seuls les professionnels de santé ayant une relation thérapeutique avec les personnes peuvent consulter le dossier médical de leur patient.

Quel futur pour les réseaux de santé en ligne ?

La mise en commun des données médicales sur le territoire entier de la Belgique, voire même de certaines parties du monde, pourrait servir de moyen de tracer d’autres pathologies ou épidémies. Pour l’instant, l’interopérabilité de ces plateformes pose problème. Les réseaux ne collaborent pas entre eux et n’échangent pas les informations récoltées, rapporte Giovanni Briganti. “Il faudrait aussi tendre vers une interface plus facile, en s'inspirant de ce que les utilisateurs connaissent déjà des applications mobiles”, ajoute-t-il. L’utilisation deviendrait davantage intuitive.