L’institut de santé publique Sciensano va finalement publier ses données brutes en libre accès dans les jours à venir. 

De nombreux scientifiques et journalistes demandaient à l’institut d’ouvrir au public les données relatives au coronavirus. Jusqu’ici en effet, seuls les chiffres repris dans les communiqués publiés pouvaient être utilisés. Des chiffres traités, mis en forme, et parfois difficilement lisibles une fois intégrés dans des graphiques. Impossible de les consulter en dehors des publications ou sur demande à l’institut. Un mode de communication qui pose des problèmes d’utilisation des données épidémiologiques, tant pour les scientifiques que pour les journalistes. Face aux nombreuses demandes, Sciensano a finalement décidé de passer en open-access. L’institut souligne la spécificité de la situation de crise qui demande un contrôle renforcé des données.

Pourquoi est-il si important d’accéder à ces données brutes ? Tout d’abord, elles représentent un intérêt majeur pour la compréhension de l’évolution et de la transmission du virus et sont utilisées tant par les scientifiques que par les journalistes. En ce sens, les rendre accessibles à tout un chacun répond d’un impératif de transparence. Elles reprennent le nombre de cas, la distribution géographique, le nombre de personnes admises en hôpital, ou encore le nombre de tests effectués en Belgique. "Ces données sont d’une grande importance pour comprendre le comportement et l’évolution du SARS-CoV-2 au sein d’une population donnée", explique François Dufrasne, virologue et chargé de recherche en microbiologie à l’UCLouvain. "En les consultant, les chercheurs peuvent observer la localisation des cas et ainsi identifier les foyers de transmission, indispensable pour lutter efficacement contre le virus aujourd’hui. De plus, en ce qui concerne la recherche fondamentale, ces données auront un grand intérêt à l’avenir pour effectuer certaines analyses phylogénétiques (analyse des changements génétiques que subissent les virus et qui permet de tracer leur origine et évolution)."

Plus rapide à traiter

Bien que plus difficiles à lire pour tout un chacun, leur publication sans transformation rend plus rapide leur intégration dans des programmes de traitement et d’analyse. De quoi également faciliter la communication, notamment aux moyens de cartes interactives ou de graphiques évolutifs.

Depuis ce jeudi, l’institut rend accessibles les publications antérieures. Cet archivage est nécessaire aux scientifiques pour dresser l’évolution du virus et sa propagation et représente surtout pour eux un gain de temps. Ils devaient auparavant en faire la demande auprès de l’institut. L’épidémiologiste Marius Gilbert avançait, sur Twitter, que cette restriction de l’accès ralentirait même les réponses à donner à cette crise.

Aujourd’hui, seul l’institut Sciensano opère la centralisation des données relatives à l’épidémie du SARS-CoV-2. Mais d’autres projets de plateforme reprenant les données sont en gestation. Difficile, à l’heure actuelle, d’en savoir plus. Des projets sont en cours, nous assure-t-on, sans pour autant dévoiler de détails ni d’agenda précis.