Pour mieux comprendre comment analyser l'évolution de l'épidémie de coronavirus, Simon Dellicour, épidémiologiste (ULB), nous explique pourquoi le temps de doublement est une mesure à laquelle il faut prêter attention et pourquoi la Belgique pourrait connaître un pic de l'épidémie différé selon les régions.

Le temps de doublement est une "très bonne manière de mesurer l'impact effectif des mesures de confinement adoptées", selon Simon Dellicour. Ce temps de doublement est calculé sur base des chiffres rendus publics par le SPF Santé publique et se focalise sur l'un d'eux en particulier : le nombre net de personnes hospitalisées. Pour le calculer, on regarde donc le nombre de jours qu’il faut pour doubler le nombre de personnes hospitalisées.

Pourquoi se baser sur le nombre de personnes hospitalisées? "Le nombre de cas d'hospitalisations est un bon baromètre de l'évolution de l'épidémie", contrairement au nombre de cas détectés qui sont "tributaires de la stratégie et de l’effort de dépistage, tous deux d’ailleurs en évolution depuis le début de l’épidémie en Belgique", rappelle l'épidémiologiste. Quant au nombre de décès, on estime qu'à ce jour il n'y a pas encore de lien évident entre l'évolution de la courbe et l’impact des mesures de confinement.

Un impact visible des mesures

Ces cartes montrent l'évolution du temps de doublement depuis la mi-mars. On peut voir l'évolution de ce dernier avant les mesures de confinement, ainsi qu'après les mesures prises les 12 et 17 mars. On constate un ralentissement global. Une bonne nouvelle ? "Il y a chaque fois un côté positif et un négatif ", souligne Simon Dellicour. "Ces cartes se concentrent sur l'aspect positif du moment : on a un impact des mesures".

C'est pour cette raison qu'elles ont été publiées. Le confinement, rappelle Simon Dellicour, "ce n'est pas une mesure symbolique, ça a un réel impact sur la chaîne de transmission et donc ça ralentit la progression de la maladie". Il faut donc encore se montrer prudent car si la maladie progresse moins vite, elle progresse encore. "On est toujours dans une phase où l'on menace de saturer le milieu hospitalier".

© Simon Dellicour

Un pic en différé

Mais ces cartes montrent aussi que le ralentissement n'est pas aussi marqué dans toutes les régions. Pour Simon Dellicour, "la Belgique n'évolue pas uniformément, avec des zones plus impactées où il y a plus de transmissions". Selon lui, il est important de passer à des analyses spatio-temporelles de l'évolution du coronavirus en Belgique, au niveau local. "Il est temps qu'on passe la vitesse supérieure en termes d’analyse spatiale des données", ajoute-t-il.

Le pic de l'épidémie en Belgique pourrait donc se manifester en différé selon les régions. Mais il ne s'agira pas pour autant de plusieurs pics "puisqu’il s’agit bien ici de la même épidémie pour laquelle des mesures de confinement ont été décidées à l’échelle de tout le pays", précise l'épidémiologiste.