Oui, mais cela ne veut pas dire qu'elle a contribué à sa propagation. Explications.

Voilà une information qui fait grand bruit depuis sa publication. Selon une étude dévoilée le mardi 17 mars dans le très sérieux New England Journal Of Medicine, le Sars-CoV-2 à la base de la pandémie actuelle, subsisterait un certain temps dans l’atmosphère. Les résultats obtenus en laboratoire indiquent en effet que le virus “peut rester viable et infectieux dans les aérosols durant quelques heures”, ce qui pose évidemment la question de ses modes de transmission et de contamination.

Ces données ont ensuite servi de base de raisonnement à la Société Italienne de Médecine Environnementale (SIMA) associée aux Universités de Bologne et Bari, qui en ont déduit que la pollution présente dans l’atmosphère pouvait donc jouer un rôle non négligeable dans la propagation dudit virus, qui se “collerait” aux particules fines, et circulerait avec celles-ci sur des distances potentiellement importantes.

Les particules fines comme vecteur

Pour le toxicologue Benoît Nemery, “on n’est pas très loin de la Fake News”. “Lorsque le virus se répand, via des gouttelettes de salive ou de sécrétions nasales, il est vrai qu’il reste en suspension dans l’air durant quelques heures” insiste le professeur émérite de la KULeuven. “Cela pourrait donc mener à une contamination dans un local confiné où se trouverait un patient qui expectore. Raison pour laquelle il est essentiel que les travailleurs de la santé portent des masques spécifiques qui empêchent l’inhalation de ces micro-gouttelettes.” “Mais dans un parc, ou tout autre espace extérieur, il y a un effet de dilution, facteur extrêmement important pour mesurer le risque réel de contamination.”

Les Italiens, qui n’ont pas publié une étude mais une hypothèse à partir d’observations et de publications très limitées, en ont déduit que le virus pouvait s’accrocher sur des particules fines de pollution ambiante” poursuit-il. “On sait que la pollution est susceptible de rester et circuler longtemps dans l’atmosphère. D’autres études ont par ailleurs démontré que les particules fines avaient bien servi de vecteur à d’autres virus. Mais la dilution de ces virus dans un volume immense fait que même s’ils devaient survivre plusieurs heures, ils n’auraient plus aucun effet de transmission en arrivant en campagne ou dans une autre ville.

Scientifiquement insuffisant

Benoît Nemery est formel : pour lui, avancer que la propagation du Sars-CoV-2 a été facilitée ou accélérée par la pollution est donc faux. Les éléments apportés par la publication italienne “ne sont pas scientifiquement convaincants”. Ce qui l’incite à dire que les mesures de confinement mises en place à l’heure actuelle sont suffisantes pour empêcher une transmission. Pour peu que les gens les respectent, et que les andouilles prises d’une soudaine passion pour le jogging cessent d’aller expectorer sur leurs petits camarades dans les divers parcs du pays sans respecter les distances sanitaires recommandées. (Ce passage est de l'auteur, pas de Benoît Nemery, NdlA). 

Reste, l’impact direct de la pollution sur la population. L’état des poumons des personnes atteintes par la maladie constitue un élément clé dans le degré de gravité des symptômes développés. La pollution affecte les poumons, tout comme le vieillissement ou le tabac. “Elle peut donc jouer un rôle” reconnaît Benoît Nemery. “Mais dans quelles proportions face aux autres facteurs tels que le nombre de fumeurs, la densité, et le niveau socio-économique d’une population ?

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