Souvenez-vous, lors de la phase 1 du déconfinement, le 4 mai dernier, les autorités belges avaient imposé le port du masque dans les transports en commun et dans les écoles pour tout individu de plus de 12 ans. A l'époque, les magasins n'étaient pas concernés par la mesure. Lors de leur réouverture, une semaine plus tard, chaque commerçant était libre d'imposer ou non le port d'une protection buccale dans son établissement. Officiellement, le port du masque était "fortement recommandé" pour faire ses courses, mais pas obligatoire.

A ce moment-là, Steven Van Gucht, l'un des porte-parole interfédéral dans la lutte contre Covid-19 n'hésitait d'ailleurs pas à affirmer que le port du masque dans les magasins n'était pas nécessaire. Dans De Morgen, il révélait ne pas porter lui-même de masque pour faire ses courses. "Il y a un risque élevé lorsqu'une personne passe quinze minutes en compagnie d'une autre, à une distance inférieure à 1m50. Mais si on se croise simplement, il y a très peu de risques de contamination", expliquait-il. Pour lui, le masque pouvait même avoir un effet pervers. "Si les gens pensent qu'ils sont protégés, ils vont avoir tendance à prendre plus de risques. Peut-être également que les personnes un peu fiévreuses ou malades vont penser pouvoir se rendre au magasin avec un masque, ce qui n'est absolument pas le cas".

En mars, Emmanuel André, l'autre porte-parole interfédéral, soulignait également que "porter une écharpe ou un masque chirurgical donne une fausse impression de protection". "L'essentiel est que les gens respectent les règles de distanciation sociale. Porter un masque en rue ne sert à rien", concluait-il. Deux mois plus tard, l'expert plaidait pour que le port du masque se généralise.

Yves Coppieters, professeur de santé publique à l'ULB, précisait encore hier/jeudi à La Libre Belgique, "ne pas croire qu'il faille imposer le masque dans les magasins", rappelant que "les chiffres sont stables". "Conseiller à tout prix le port du masque, en particulier à l’intérieur et dans les lieux confinés où la distance de sécurité ne peut être respectée, oui, mais passer à l’obligation, pas d’emblée Je pense que les politiques doivent garder cela comme mesure de réserve si les transmissions réaugmentent."

Ajoutez à cela, les avis de Jean-Luc Gala, Pihlippe Devos et Marc Wathelet, entre autres, qui ont toujours ardemment demandé aux gens de ne pas sortir faire leurs courses sans protection sur le visage, et vous comprendrez que la récente obligation du port du masque dans certains lieux (musées, bibliothèques, magasins, lieux de culte...) a de quoi désorienter certains citoyens.

Pourquoi un tel "revirement" sur la question?

Comme tiennent à le rappeler les experts, les connaissances sur le virus évoluent de jour en jour. Rappelons que ces derniers jours, de plus en plus d'experts belges plaidaient pour un élargissement du port du masque dans certains lieux. Plusieurs facteurs expliquent ce changement de position.

Interpellée par plusieurs experts, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a tout d'abord reconnu la semaine dernière que "la possibilité d'une transmission du virus par voie aérienne dans les lieux publics, particulièrement bondés, ne peut être exclue". L'inquiétude concerne les "gouttelettes fines" que l'on expulse en parlant et qui, contrairement aux gouttelettes lourdes, ne retombent pas immédiatement au sol et restent en suspension dans l'air. Qu’il soit avéré ou non que ces gouttelettes fines propagent le virus au même titre que les gouttelettes lourdes, le Conseil supérieur de la santé et à sa suite le comité de concertation ont cette semaine fait le choix du principe de précaution, en préconisant le port du masque dans les magasins.

Mais ce n'est pas le seul facteur qui a influencé la décision de rendre obligatoire le port du masque dans certains lieux publics. Comme l'expliquait Yves Van Laethem, le nouveau porte-parole interfédéral, "plusieurs raisons justifient cette décision". Selon lui, la courbe des nouvelles contaminations stagnait depuis plusieurs jours et ne diminuait plus, "ce qui est quand même un peu préoccupant". De plus, le profil des nouveaux contaminés était également interpellant. "Quand on regarde qui est infecté actuellement, ce sont essentiellement des jeunes de 20 et 40 ans". Enfin, l'expert a pointé l'arrivée des soldes, prévues du 1er au 31 août. "On espère qu'elles seront fructueuses pour les commerçants, cela veut donc dire files, monde dans les magasins. Ce sont de bonnes raisons de rendre le masque obligatoire à l'intérieur des magasins", a-t-il conclu.