Certains n’hésitent pas à parler de "compétition planétaire aux enjeux financiers gigantesques". Dans cette course folle, alors qu’en début de semaine le groupe pharmaceutique Johnson&Johnson annonçait avoir suspendu son essai clinique, l’un des participants étant tombé malade, voilà qu’une ville chinoise, Jiaxing, vient d’annoncer jeudi qu’elle proposait à ses 4,7 millions d’habitants des "vaccinations d’urgence" anti-Covid-19. Il s’agit de la première opération connue de cette ampleur dans le pays… réalisée avec un vaccin encore non approuvé commercialement. Les 18-59 ans peuvent ainsi se rendre en consultation en vue d’une éventuelle administration du vaccin de la société privée Sinovac, a indiqué jeudi le Centre de contrôle des maladies infectieuses de Jiaxing, qui destine ces vaccinations d’urgence en priorité aux personnes les plus exposées. En l’occurrence le personnel médical, les personnes en contact avec le public, les douaniers ou les voyageurs devant se rendre dans des pays à risque. Le vaccin comprend deux doses à se faire administrer de 14 à 28 jours d’intervalle, d’un coût total de 400 yuans (51 euros).

Alors qu’une dizaine de vaccins élaborés en Chine ont déjà entamé les tests sur l’homme, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), quatre ont déjà atteint l’ultime "phase 3" de ces essais cliniques, dont celui de Sinovac. Bien qu’aucun n’ait encore reçu d’approbation pour une distribution commerciale à grande échelle, les autorités chinoises n’ont pas hésité à donner leur feu vert à une utilisation d’urgence pour certains de ces vaccins.

Au moins 42 candidats vaccins évalués dans des essais cliniques

Partout dans le monde, de nombreux essais sont en cours. Ainsi, dans son dernier état des lieux, daté du 2 octobre dernier, l’OMS recensait 42 "candidats vaccins" évalués dans des essais cliniques sur l’homme à travers le monde, contre seulement 11 à la mi-juin. Parmi eux, dix en sont déjà au stade le plus avancé, à savoir la phase 3. Stade auquel est mesurée à grande échelle l’efficacité du vaccin, en l’occurrence sur des dizaines de milliers de volontaires répartis sur plusieurs continents.

Citons, entre autres, les vaccins de la société américaine Moderna, de l’alliance germano-américaine BioNTech/Pfizer - qui prévoit de demander l’autorisation pour son vaccin à la 3e semaine de novembre -, mais aussi les candidats de plusieurs laboratoires chinois, un projet européen mené par l’Université d’Oxford, en coopération avec la société AstraZeneca, ou encore le vaccin Spoutnik V, développé par la Russie et son institut de recherche Gamaleïa.

À côté de ces quelques exemples, d’autres candidats en sont toujours à la phase 1, qui vise avant tout à évaluer la sécurité du produit, ou à la phase 2, qui teste à petite échelle l’efficacité. Outre les essais déjà entamés, l’OMS comptabilise pas moins de 151 projets de candidats vaccins en phase préclinique d’élaboration.

À ce stade, les revues scientifiques n’ont encore publié que des résultats préliminaires (phases 1 et/ou 2), les derniers en date étant ceux du vaccin russe, publiés le 4 septembre dans The Lancet. On se souviendra qu’au cours de l’été d’autres résultats préliminaires avaient fait l’objet de publications pour ce qui est des vaccins de l’Université d’Oxford, du chinois CanSino ou encore de Moderna. Dans l’ensemble, on peut dire que les résultats sont satisfaisants, voire encourageants, dans la mesure où ils provoquent une bonne réponse immunitaire. Mais il reste, à ce stade, prématuré de s’avancer davantage.