Les masques buccaux en tissu achetés par la Défense auprès de la société luxembourgeoise Avrox ont été traités avec une finition antibactérienne nano argentée, ce qui les rend dangereux pour la santé et l'environnement, se sont alarmées lundi les organisations sectorielles Creamoda, Febelsafe et FBT. Déjà sceptiques quant aux modalités de lavage de ces masques (à 30°C sans possibilité de repasser le tissu, au lieu des 60°C recommandés par un document technique approuvé par le Conseil national de Sécurité), les trois fédérations enfoncent le clou lundi: le traitement aux ions d'argent (un biocide) imposé aux 15 millions de protections buccales commandées auprès d'Avrox présente un risque pour l'être humain et son environnement.

"L'utilisation de biocides antibactériens est très controversée", pointent la Fédération belge de la mode (Creamoda), celle des fabricants, distributeurs, fournisseurs de services et utilisateurs finaux professionnels en matière de sécurité et de bien-être (Febelsafe) et la Fédération belge de l'entretien et du textile (FBT).

"Des super-bactéries (résistantes à la plupart des antibiotiques) pourraient être créées en cas de mauvaise utilisation excessive", tandis que "les stations d'épuration risquent de ne plus fonctionner" car les biocides ne font pas la distinction entre les bonnes et les mauvaises bactéries.

En outre, 60% des particules d'argent sont déjà libérées après 10 lavages et elles disparaissent complètement après deux ans, ajoutent les organisations, qui craignent aussi le rejet "irrévocable" de biocides dans l'environnement une fois le produit en fin de vie.

Enfin, la taille même des particules utilisées pose problème, selon Creamoda, Febelsafe et FBT. Ces nanoparticules d'argent sont "si petites qu'elles peuvent pénétrer dans des parties du corps et des cellules où elles n'ont normalement pas leur place". Les masques traités aux biocides et en contact prolongé avec le visage présentent dès lors un risque sanitaire, puisque leurs fibres peuvent se retrouver dans les poumons de l'usager, estiment les trois fédérations.

Celles-ci affirment vouloir "éviter des incidents graves" et demandent qu'un avertissement accompagne le mode d'emploi de ces masques buccaux.