Après avoir mis en évidence, en 2016, le rôle majeur des lipides comme source énergétique des cellules cancéreuses les plus agressives, des chercheurs de l'UCL viennent de faire une nouvelle découverte, publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature Communications.

Cherchant toujours à comprendre comment les métastases se forment au départ d’une tumeur, l'équipe de l’Institut de recherche expérimentale et clinique de l’UCLouvain vient de découvrir que les cellules cancéreuses stockent également ces lipides dans de petites vésicules intracellulaires appelées "gouttelettes lipidiques". Ce qui n'est pas sans conséquence puisque les cellules cancéreuses chargées en lipides s'avèrent plus invasives et donc davantage susceptibles de former des métastases.

L'interrupteur responsable identifié

Les travaux des chercheurs UCLouvain ont également permis d'identifier un facteur dénommé TGF-beta2 comme étant en quelque sorte "l’interrupteur responsable à la fois du stockage des lipides mais aussi du caractère agressif des cellules cancéreuses".

"Mieux encore, explique l'équipe, il est apparu que les deux processus se renforçaient mutuellement. En effet, en accumulant des lipides, plus exactement des acides gras, les cellules cancéreuses se construisent des réserves d’énergie, qu’elles peuvent ensuite utiliser au gré des besoins, tout au long de leur parcours métastatique.

En d'autres mots, on savait que l’acidité, qui règne dans les tumeurs, favorise l’invasion des cellules cancéreuses dans les tissus sains, ce processus requérant le détachement de la cellule cancéreuse de son site d’ancrage initial et sa capacité à survivre dans ces conditions, en l'occurrence fatales pour les cellules saines. Grâce à ces travaux, on sait donc à présent que cette acidité favorise via le même "interrupteur" TGF-beta2, le potentiel invasif et la formation de gouttelettes lipidiques. Lesquelles offrent ainsi aux cellules invasives l’énergie nécessaire pour se déplacer et résister aux conditions hostiles rencontrées lors du processus de métastatisation. "C’est comme un alpiniste qui emporte les vivres et l’équipement nécessaires qui lui permettront de s’alimenter et d’atteindre les sommets malgré des conditions météo compliquées", commente par analogie Olivier Feron.

© UCLouvain

Quelle est la portée de cette découverte?

"Concrètement, cette recherche ouvre des pistes thérapeutiques nouvelles grâce à la découverte des différents acteurs qui interviennent dans le processus de formation des métastases, expliquent les chercheurs UCLouvain. Connaître ces acteurs permet de mieux les cibler et donc les combattre. (...) Nous avons montré qu’il est possible de réduire l’invasivité tumorale et de prévenir les métastases à l’aide d’inhibiteurs spécifiques de l’expression du TGF-beta2 mais aussi de composés capables de bloquer le transport des acides gras ou encore la formation de triglycérides".

Or, parmi ces dernières molécules, on compte de nouveaux médicaments actuellement évalués pour lutter contre l’obésité. "On pourrait donc étendre rapidement les indications de ces médicaments à la lutte contre le développement de métastases, qui est la cause majeure de décès parmi les patients atteints d’un cancer", concluent les chercheurs qui parlent d'un délai de deux ans avant la mise sur le marché d'un tel médicament.

La prochaine étape des travaux d'Olivier Feron et son équipe consistera à chercher à identifier le lien entre ce stockage de lipide et la métastatisation.

Cette recherche a été réalisée grâce au financement de la Fondation contre le cancer, le FNRS, le Télévie et une action de recherche concertée (ARC).