Ce mercredi, les experts ont communiqué les différents chiffres relatifs à la pandémie de coronavirus en Belgique et ont répondu aux questions des journalistes.

Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral, a pointé une petite hausse du nombre d'hospitalisations (174) par rapport à la veille, mais davantage de personnes ont aussi quitté l'hôpital (340). On dénombre également 170 décès sur les dernières 24h, ce qui porte un bilan total de 7.501 décès en Belgique.


L'infectiologue Yves Van Laethem a aussi répondu aux différentes questions des journalistes.

Quel est le rôle potentiel de la climatisation sur la propagation du virus?

"La propagation du coronavirus se fait essentiellement par des grosses gouttelettes que nous émettons à proximité de nous, à maximum 1m ou 1m20 à peu près, en tout cas dans les circonstances climatiques que nous connaissons dans nos régions. Mais aussi par le transfert lié aux mains qui auraient touché ces gouttelettes. L'importance des micro-gouttelettes qui restent en suspension dans l'air est peu important pour la maladie elle-même en dehors du milieu des soins intensifs, comme dans les centres commerciaux et les magasins qui utilisent de l'air conditionné. Dans le contexte extra-hospitalier, il n'y a donc pas de crainte à avoir par rapport aux systèmes d'air conditionné. Au niveau des hôpitaux, les airs conditionnés sont à la fois séparés et filtrés avec haute efficacité, empêchant éventuellement toute transmission si elle était possible lors des manœuvres spéciales que l'on fait aux soins intensifs."


Au Royaume-Uni et à Paris, un petit groupe d'enfants est atteint d'une maladie grave peut-être liée au coronavirus. Y a-t-il des cas suspects en Belgique?

"Il faut préciser de quoi on parle. Au Royaume-Uni, effectivement, depuis la fin de la semaine passée et en France depuis le début de cette semaine, on note l'apparition d'une légère augmentation du nombre d'enfants de moins de 10 ans, pour la plupart d'entre eux, qui présentent une sympto-pathologie clinique qui fait penser à une maladie qui s'appelle "maladie de Kawasaki". Qu'est-ce qui se cache derrière ce nom étrange? C'est une maladie dans laquelle les enfants présentent de la température, parfois très élevée, des ganglions, la peau peut également se mettre à peler ou être rouge entre autres au niveau de la paume des mains ou des plantes des pieds. Cette maladie peut provoquer aussi des douleurs abdominales, des nausées et des vomissements. Dans les études qui ont été faites chez ces enfants ces dernières semaines, on note que certains d'entre eux sont positifs au coronavirus, d'autres ne le sont pas. Donc le lien entre l'infection et l'augmentation de ces cas est pour l'instant temporel, sans que l'on puisse dire qu'il soit forcément causal, c'est-à-dire que le virus soit impliqué. Il y a peut-être d'autres causes. Il est clair qu'il faut suivre cela. C'est le cas également en Belgique où il semblerait que quelques cas aient été notés dans différents hôpitaux."


Quel est le chiffre de reproduction en Belgique? Ce chiffre est-il calculé quotidiennement? Ce chiffre est-il une condition préalable pour passer à la prochaine phase d'assouplissement?

"Le taux de reproduction du nouveau coronavirus en Belgique mesuré entre le 20 et le 26 avril était de 0,79. Il est important que ce chiffre reste en dessous de 1, car cela signifie qu'une personne contamine en moyenne moins d'une personne. Cela montre que l'épidémie est dans une phase d'auto-extinction. Plus bas il sera, plus la situation sera favorable. Il nous faut donc forcément maintenir un chiffre qui soit en dessous de 1 et c'est pour cela que les mesures doivent être strictement suivies actuellement."


Une corrélation a-t-elle été établie en Belgique entre l'obésité et une évolution plus grave du Covid-19?

"Pour les patients les plus sévèrement atteints, et on songe aux patients qui sont intubés et ventilés dans les soins intensifs, dans la plupart des pays actuellement, et cela a été remarqué aussi en Belgique, l'obésité et plus spécialement l'obésité morbide joue un rôle. Elle joue un rôle d'une part par des cofacteurs qui sont le diabète et l'hypertension quasi toujours présents, et probablement aussi pour des raisons plus mécaniques concernant les difficultés de ventilation chez ces patients. S'y ajoutent peut-être encore d'autres raisons qui ne sont pas encore bien précisées. Mais effectivement, en Belgique aussi, on note que l'obésité, surtout quand elle est importante, est un facteur de risque pour les patients les plus sévèrement atteints par le Covid-19."



"Des adieux difficiles"

Avant de répondre aux questions, Benoît Ramacker, porte-parole du Centre de crise, avait d'abord mis l'accent sur le côté sombre de l'épidémie et la difficulté de faire son deuil. "C'est évident que l'on veut tous laisser derrière nous au plus vite cette période difficile. Ensemble, nous avançons, prudemment, petit à petit, vers plus de sécurité. Aujourd'hui, en ce moment-ci de la pandémie, avant un retour progressif vers une nouvelle normalité, nous pensons qu'il est temps de prendre du temps de nous arrêter quelque peu sur le drame humain que le virus a causé ces dernières semaines."

M. Ramacker a évoqué les familles qui ont dû ces dernières semaines faire des adieux à un proche. "Les familles, les amis ont dû dans des circonstances très difficiles se séparer d'un ami, d'un frère, d'une tante ou d'un grand-père. Alors que l'enterrement est normalement un moment de connexion, de rassemblement familial, en raison de ces circonstances que l'on connaît, il a dû se faire dans un cercle restreint. Ce qui rend les adieux difficiles. Dans ces circonstances, il est important de prendre du temps."

Le porte-parole du Centre de crise a également évoqué les personnes qui ont besoin d'une écoute particulière. "Elles peuvent s'adresser à énormément d'organisations spécialisées qui sont disponibles pour vous, pour nous, depuis plusieurs semaines. Pour aider chacun dans ce processus de deuil un peu difficile, le service public fédéral de la Santé publique a élaboré quelques conseils, quelques guides, avec de nombreux experts en la matière. Ces avis vont pouvoir vous aider dans la façon d'aborder ce deuil d'un proche durant une période aussi compliquée que celle-ci face à un virus. Ce guide et ces conseils pratiques se retrouvent sur le site info-coronavirus.be."

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