L'ancien porte-parole interfédéral de la lutte contre le covid-19 a livré ce samedi 30 mai un avis assez tranché sur la façon dont a été gérée la crise du coronavirus. Les critiques du virologue sont essentiellement dirigées à l'encontre du "Risk Assesment Group" (RAG) - composé de médecins épidémiologistes de Sciensano, des autorités sanitaires et d'experts - qu'il a considéré comme trop "conservateur". Emmanuel André a ainsi reproché au groupe chargé d'analyser les risques pour la population d'avoir trop tardé concernant les recommandations dans plusieurs domaines.

Celui qui est désormais chargé de coordonner le "tracing" a pointé du doigt le manque de prévoyance, notamment concernant les tests et le tracing. Selon lui, il aurait fallu mettre l'accent bien plus tôt sur ces deux "armes" qui ont prouvé leur efficacité face au coronavirus. "Dès la première mission de l'OMS en Chine, nous avons appris une chose: l'importance des tests et du tracing, a expliqué l'ancien porte-parole interfédéral à la VRT. Mais je n'ai vu aucun avis du RAG à ce sujet."

"Ils n'ont pas voulu entendre les conseils des autres experts"

Pour Emmanuel André, il n'y a pas de doute sur le fait que trop peu d'efforts ont été mis en oeuvre pour fournir davantage de traceurs de contact. "Il y avait suffisamment de preuves que nous aurions dû renforcer ce système plus tôt, même avant le pic, a ajouté le virologue. Nous aurions pu faire mieux avec plus de ressources et une mise en place plus rapide."

Enfin, l'ancien porte-parole interfédéral a également regretté les prises de position du Risk Assesment Group concernant les masques, s'entêtant à ne pas les recommander. "Ils n'ont pas voulu entendre les conseils des autres experts, pas même celui du Conseil supérieur de la santé, qui a ouvert la voie à une utilisation progressive du masque, a dénoncé Emmanuel André à la VRT. Cet avis n'a même pas été autorisé pour publication. Je ne veux pas mettre tout le monde à Sciensano dans un même paquet, mais leurs représentants n'ont certainement pas changé cette attitude".

Steven Van Gucht n'est pas d'accord

Interrogé également par la VRT, Steven Van Gucht a répondu aux critiques de son ancien collègue. Selon le chef du Service Maladies Virales de Sciensano, il est erroné de dire que les experts ont remis en question l'importance du testing et du traçage. "C'est une supposition hallucinante", a estimé M. Van Gucht. Le porte-parole interfédéral covid-19 a, qui plus est, nié tout blocage du Risk Assesment Group d'un avis du Conseil supérieur de santé sur les masques.