La salle dédiée à la formation du Centre familial bruxellois a pris des allures d’atelier, depuis jeudi matin. Une dizaine d’aides ménagères et d’aides familiales se sont reconverties en couturières ; repassent des morceaux de tissu plutôt que des vêtements… Car ces professionnelles de première ligne manquent d’équipement. « Nous avons suffisamment de gants. Mais l’usage de masque est limité normalement. Nous sommes donc vite arrivés à court » , commente Marie Arnould, administratrice déléguée. Or, « les bénéficiaires de ces aides à la vie quotidienne sont des personnes à risques et fragilisées : en fin de vie, en soins palliatifs, cancéreuses, handicapées, en grande perte d’autonomie… ». Leurs besoins sont vitaux. « En attendant, les aides sont sur le terrain et exercent leur travail dans des situations compliquées. Il est difficile de respecter les distances dans des lieux parfois exigus , souligne-t-elle. Elles ne veulent pas être responsables de l’infection des bénéficiaires… » Il y a donc « urgence » . « Bien qu’étant en première ligne, nous sommes les travailleuses de l’ombre et ne sommes pas la priorité quand viendra la distribution de masques .»

Alors, la direction a pris le taureau par les cornes. Achat de tissu et mise à profit des compétences en interne. Nadia, aide familiale et ancienne couturière, a pensé le masque et mène désormais les troupes. « Pauline, coupe moins grand, ma belle » , s’époumone-t-elle à l’adresse de sa collègue assise à l’autre bout de la salle. « Nous sommes fières de participer à contenir le virus » , dit-elle. Malika, elle, se dit « heureuse de se sentir dans l’action » .

Dans cette salle schaerbeekoise, on produit à la chaine : poste découpe du tissu, de la viseline, repassage et assemblage, découpe de finition et enfin, assemblage couture. Une dizaine de personnes, dont deux bénévoles, assure ces différentes tâches. Ensemble, elles espèrent confectionner un millier de masques d’ici à lundi. « On en est à 70… », compte Joëlle Crochet, conseillère en prévention. Le moral reste cependant au beau fixe malgré la fatigue accumulée ces derniers jours.


Chaine de solidarités

« Deux bénévoles vont arriver cet après midi » , annonce Marie Arnould, le nez vissé à son téléphone. « Super! » , réagit Nadia avec entrain. Posté sur les réseaux sociaux, le message appelant à l’aide bénévole a été reçu à a perfection par les habitants de la commune… et au-delà. « L’élan de solidarité est magnifique. Pour la main d’oeuvre, nous avons fait appel aux habitants de la localité. Pour le matériel, il n’avait pas de limite. On a reçu deux machines à coudre en prêt et une surjeteuse en don d’une personne du Brabant wallon » , s’enthousiasme l’administratrice déléguée. « C’est magnifique , s’émeut Malika. « On est toutes ensemble, avec nos petites mains de fabriquantes… » Et de lancer des applaudissements nourris à l’attention de la direction.

Hilde vit juste en face du Centre familial de Bruxelles. « J’ai pris connaissance des besoins par les réseaux sociaux » , explique-t-elle tout en découpant soigneusement le tissu. Employée administrative, elle a « l’impression de faire quelque chose d’utile. Enfin! » Une action dont « on voit directement le résultat » .

En plus de faire une différence concrète, « cette solidarité fait chaud au coeur des aides ménagères, qui se sentent soutenues » . Elles sont encore 150, bien que peu équipées, à poursuivre ce travail « coute-que-coute » . « Nous ne pouvons pas abandonner les bénéficiaires en grande perte d’autonomie et isolés » , poursuit Marie Arnould. Ces besoins vitaux sont maintenus, contrairement au service d’aide ménagère dont les employées ont été mises au chômage lié au cas de force majeure.

« Nous prenons le moins de risque possible et tenons à mettre en sécurité tant le personnel que les bénéficiaires » en suspendant ces activités, du moins le temps de fournir tout le monde en équipement adapté. « La priorité est de distribuer les kits aux aides familiales », insiste Marie Arnould. Quatre masques lavables et réutilisables, un sac propre, un sac pour y mettre les masques sales et un gel hydroalcoolique sont distribués au compte-goute, en évitant que les aides familiales ne se croisent.

Malgré la situation d’extrême urgence à laquelle est confronté le secteur de l’aide ménagère, l’optimisme pointe le bout de son nez : « Cette situation ressert les liens entre les différents types de personnels et modifiera certainement la relation dans le travail » , croit Marie Arnould.