Une semaine après l’annonce du premier cas dépisté, la Turquie a enregistré ses premiers décès dû au Covid-19. Les professionnels de la santé craignent un nombre de contaminations bien supérieur à ce que reflètent les chiffres officiels. Le président Erdogan n'évoque toutefois pas encore de confinement général.

"J’ai une triste nouvelle à vous annoncer. Nous avons, aujourd’hui, perdu notre premier malade. En tant que représentant du pays, je faisais partie de ceux qui suivaient son cas de très près. Il avait 89 ans", a sobrement déclaré le ministre de la Santé, Fahrettin Koca dans la nuit du 17 au 18 mars. Une déclaration qui survient une semaine jour pour jour après l’annonce officielle du premier cas de Covid-19 détecté sur le territoire turc.

Depuis l’apparition du virus en Chine et la prolifération des cas dans les pays voisins comme l’Iran, de nombreuses cartes présentant la diffusion de la maladie ont circulé dans les journaux et sur les réseaux sociaux, montrant le territoire de la Turquie épargné tel un ultime bastion sain contre l’ennemi mondial. Mais les grands aéroports internationaux du pays, comme celui d’Istanbul, flambant neuf, et les intenses relations commerciales de la Turquie avec les pays de l’Union européenne rendaient la contamination inévitable.

Une courbe des contaminations très alarmante

En l’espace de sept jours, le nombre de cas détectés est passé d’un seul à 191. Et mercredi en début de soirée, on apprenait qu'une deuxième personne avait succombé au virus.
Une multiplication des cas particulièrement inquiétante, dont la courbe exponentielle dépasse les situations observées dans d’autres pays aux évolutions critiques comme l’Italie ou la France. Les autorités turques se sont voulues fermes et réactives dès l’annonce du premier cas et ont annoncé une série de mesures d’urgence afin de limiter la propagation du virus. Arrêt des liaisons avec une vingtaine de pays, fermeture des écoles, fermeture des restaurants et salles de concert… Décors dystopiques, les grandes places habituellement grouillantes de monde de la mégapole d’Istanbul sont désormais désertes.

Muet ces derniers jours, le président Recep Tayyip Erdogan a brisé le silence mercredi, et s’est finalement exprimé avec gravité à l’issue d’une longue réunion au palais présidentiel de Çankaya, à Ankara. "Tant que la menace perdure, les personnes qui n’y sont pas contraintes ne doivent pas sortir de chez elles", a-t-il déclaré. Il a également annoncé le déblocage de 100 milliards de livres turques (14,2 milliards d’euros) pour soutenir l’économie du pays et n’a pas évoqué de confinement national, contrairement aux rumeurs qui circulaient ces derniers jours.

Les autorités tentent ainsi d’envoyer un message de maîtrise pour éviter les mouvements de panique et maintenir à flot une économie déjà extrêmement fragile. Mais encore faut-il que les chiffres correspondent à la réalité du terrain. Sinan Adiyaman, président de l’Union des médecins turcs (TTB), n’en est pas si sûr : "Je ne trouve pas que les autorités soient suffisamment transparentes. Les informations que nous recueillons du terrain viennent contredire les données officielles", regrette-t-il.

La gestion hasardeuse du retour de milliers de pèlerins de la Mecque, par exemple,laisse planer le doute quant à l’efficacité des mesures actuelles : "Les deux prochaines semaines sont cruciales. Nous sommes inquiets car nous avons atteint le seuil de 100 malades plus rapidement que l’Italie et la France. Nous devons donc être extrêmement prudents et mutualiser nos forces pour stopper la chaîne de transmission du virus. Ce n’est pas uniquement le travail des soignants ou le ministère ; toute la société doit faire un effort dans ce sens", selon le médecin.