Les consultations pour symptômes grippaux regrimpent. Ce qui pourrait suggérer que le Covid-19 est beaucoup plus répandu qu'on ne l'imaginait parmi la population. Si tel était le cas, ce serait une bonne nouvelle. Mais il ne faut pas pour autant diminuer nos efforts de distanciation sociale. Explications.

L'Institut scientifique de santé publique Sciensano a publié la semaine dernière un graphique présentant des données issues de médecins sentinelles, c'est-à-dire de médecins qui renseignent les cas de grippe, non pas basés sur un diagnostique moléculaire, mais basés sur les symptômes. Il apparaît ainsi que les consultations pour symptômes grippaux regrimpent, ce qui n'était pas le cas les autres années.

© sciensano

"Sur les courbes des années précédentes, on voit un pic qui diminue à partir de mars. Cette année, il y a une remontée tout à fait atypique" , confirme Marius Gilbert, épidémiologiste à l'ULB, qui relaye un graphique actualisé sur Twitter. "On peut imaginer que l'augmentation de ces symptômes grippaux pourrait être liée au Covid-19. Impossible de l'affirmer sans pratiquer des tests sérologiques, mais si cette remontée était bel et bien due au coronavirus, cela voudrait dire qu'il serait assez répandu dans la population."

Selon l'expert, ce serait une "bonne nouvelle", pour deux raisons. D'une part, le taux de décès rapporté à l'ensemble des cas chuterait. D'autre part, il y aurait une augmentation plus rapide de l'immunité de groupe . Mais attention, cela ne veut bien sûr pas dire qu'il ne faut plus suivre les mesures imposées par le gouvernement Wilmès. Bien au contraire !

Une chute du taux de décès

Un peu de maths. Pour calculer le taux de décès d'une maladie, il faut diviser le nombre de décès par le nombre de personnes infectées. Imaginons (pour une maladie fictive) qu'ont ait constaté un décès pour 10 personnes contaminées, le taux de mortalité serait de 10%. Si le nombre de personnes infectées par cette maladie passait finalement de 10 à 100, le taux de décès ne serait plus "que" de 1%. Revenons maintenant au coronavirus en Belgique. Si, comme le laisse supposer ce graphique, le nombre de personnes infectées est effectivement plus élevé que ce que l'on pensait, cela voudrait dire que le taux de mortalité est, lui, plus faible. Une nouvelle positive qui n'a toutefois pas d'impact sur le nombre de décès en valeur absolue.

"Cela ne veut évidemment pas dire qu'il ne faut plus suivre les mesures du gouvernement. Il faut continuer à protéger la capacité hospitalière. Même si le taux de décès du coronavirus était moins important en Belgique, ce serait toujours comme si le système de santé devait absorber en une seule fois une épidémie de grippe 4 à 5 fois plus importante, avec tous les drames et problèmes de surcharges qui y seraient associés" , précise l'expert.

Une augmentation plus rapide de l'immunité de groupe

"S'il y a effectivement un grand nombre de personnes touchées par le Covid-19 ne présentant pas de symptômes sévères, cela voudrait dire que toutes ces personnes ont développé une action immunitaire et sont passées au-dessus de l'infection" , souligne Marius Gilbert. "On atteindrait donc plus rapidement une immunité de groupe." Pour rappel, l'immunité de groupe permet de limiter la circulation du virus puisqu'au fil du temps il se confrontera en majorité à des personnes naturellement immunisées. Si l'immunité de groupe est une bonne chose, elle ne peut pas se faire au détriment du confinement pour la simple raison qu'elle engorgerait les hôpitaux et serait donc plus coûteuse en terme de vies.





Si vous n'arrivez pas à lire l'infographie :