C'est un fait bien connu, les examens utilisant des rayons ne sont guère conseillés, pour le fœtus ou le bébé, pendant la grossesse. En 2017, l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) a reçu 3 notifications pour des "expositions accidentelles" d'enfants à naître aux rayonnements ionisants. L'année suivante, il y en a eu 7 pour l'ensemble de la Belgique. Et à ce jour, pour 2019, elle en a déjà comptabilisé 15! "Ces chiffres ne signifient pas que davantage d’incidents se sont produits, souligne l'AFCN, mais que le secteur médical est de plus en plus sensibilisé à la déclaration de tels incidents".

Si l'apport de l'imagerie médicale ne fait aucun doute dans la médecine moderne, où elle joue un rôle majeur, on sait aussi que le patient a tout intérêt à ne pas être exposé inutilement aux rayonnements ionisants. D'où le lancement d'une campagne pour l’utilisation appropriée, raisonnée et modérée de l’imagerie. Lancée par HERCA, la plateforme européenne regroupant les autorités compétentes en radioprotection, incluant pour la Belgique l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN), cette campagne de communication met l'accent, en Belgique, sur les femmes enceintes, via la sensibilisation notamment des médecins généralistes, qui pourront informer les futures mères à l’aide d’affiches et de dépliants.

Un groupe cible beaucoup plus sensible

A propos des examens médicaux, tels que la radiographie et les CT-scans, qui utilisent des rayons, "les médecins évaluent toujours les avantages de tels examens par rapport aux effets négatifs de l’utilisation des rayons, avec une attention particulière pour les bébés et les enfants, expliquent les auteurs de la campagne. Ce groupe cible est en effet beaucoup plus sensible aux effets des rayonnements que les adultes".

En faisant passer le message "Parlez pour votre bébé et discutez avec votre médecin des risques d’irradiation durant votre grossesse", l’AFCN veut sensibiliser les femmes à toujours informer leur médecin de leur grossesse (éventuelle). De la sorte, l’AFCN s’adresse non seulement aux patientes elles-mêmes, mais également aux médecins généralistes, lesquels, en tant que praticiens, jouent un rôle essentiel dans la réduction des risques d’irradiation de l’enfant à naître.

Car en effet, les risques existent bel et bien. "Au tout début de la grossesse (les deux premières semaines suivant la conception), il existe surtout un risque d’avortement spontané lorsque l’embryon est exposé à une dose supérieure à un certain seuil, explique l'AFCN. Après les premiers jours et pendant les deux premiers mois de la grossesse, les organes commencent à se développer. Le principal risque de l’exposition aux rayonnements à ce stade est le risque de malformations. A partir du troisième mois de la grossesse, le risque de l’exposition aux rayonnements ionisants concerne surtout le développement du cerveau. Enfin, une exposition aux rayonnements ionisants à tout moment de la grossesse peut entraîner pour l’enfant une augmentation du risque de développer un cancer aussi bien durant l’enfance que plus tard à l’âge adulte".

"Si le risque d’effets indésirables des rayonnements ionisants dans les examens d’imagerie médicale demeure très faible, il est tout de même important de rester prudent avec les rayonnements ionisants, avertissent encore les responsables de cette campagne. Plus la dose de rayonnements reçue est importante, plus le risque d’effets indésirables est grand. De plus, le risque d’effets néfastes dus aux rayonnements ionisants est cumulatif. Cela signifie que le risque d’effets indésirables augmente au fur et à mesure que l’on irradie. Il faut donc éviter la répétition inutile d’examens".

Certes, l'exposition aux rayonnements ionisants n'a pas nécessairement ou automatiquement des conséquences délétères pour le fœtus, rassurent-ils encore, mais on sait que les embryons et les fœtus y sont plus sensibles que les adultes. Raison pour laquelle il importe d’éviter toute forme de rayonnement ionisant pendant la grossesse. Et si un examen médical est nécessaire, il faut minimiser la quantité de rayonnement.

Avertissez votre médecin avant tout examen!

Aussi, avant de subir un examen médical utilisant des rayonnements ionisants, les femmes doivent-elles, de manière systématique, spontanément informer le médecin ou l’infirmière qu’elles sont (peut-être) enceintes. Cela, afin que le médecin prenne toutes les précautions nécessaires. Si le contexte médical le permet, il pourra reporter ou remplacer l'examen. De même, les femmes enceintes ayant déjà subi un examen radiologique devront en informer leur médecin traitant ou leur radiologue, qui pourra collecter les informations nécessaires pour les informer correctement des effets possibles sur l'enfant à naître. Cela, sachant que la dose reçue par un embryon ou un fœtus au cours des procédures de diagnostic habituelles est heureusement limitée.

Face au nombre d'irradiations accidentelles d'enfants à naître ces dernières années, l’AFCN a déployé des efforts importants de sensibilisation, par le biais de campagnes, de tables rondes, de séances d’information et de colloques. Il a fallu attendre le 31 janvier 2019, pour qu'une obligation légale de signaler les incidents significatifs à l’AFCN entre en vigueur.

Quand un rapport d'irradiation est établi

Quant à savoir ce qui se passe lorsqu’un rapport d’irradiation d’un bébé à naître est établi, "l’AFCN recommande des mesures d’amélioration afin d’éviter tant que possible de tels incidents et de veiller à ce que le suivi après incident se déroule aussi bien que possible". Les recommandations concernent, entre autres, le questionnement avant l’examen ou le traitement et l’estimation de la dose pour l’enfant à naître.

En outre, l’AFCN recommande que le médecin responsable informe la patiente enceinte, son médecin généraliste et son gynécologue de l’incident et que l’hôpital désigne une personne de contact vers laquelle toutes les parties concernées peuvent se tourner pour poser des questions.