L’institut Sciensano indiquait dans ses chiffres ce dimanche une légère hausse (9%) dans les nouveaux cas de coronavirus sur le territoire malgré des taux d’hospitalisations et de décès toujours à la baisse. Un "petit rebond" que le Dr. Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB, met sur le compte de la dernière vague de retours de vacances. "De plus en plus de gens qui reviennent de zones rouges ou simplement de vacances vont se faire tester, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques mois. On retrouve alors des cas positifs dans ces populations asymptomatiques ou peu symptomatiques, ce qui est important puisque ça montre qu’on est capables de détecter des asymptomatiques avant qu’ils ne soient vecteurs de transmission."

Selon lui, c’est plutôt du côté du taux de positivité, c’est-à-dire de tests positifs sur l’ensemble des tests réalisés, qu’il faut regarder. Inférieur à 3% depuis deux mois, il indique que l’on teste beaucoup pour finalement ne relever que peu de personnes atteintes, ce qui signifie que la situation est loin d’être alarmante. "On a encore quelques clusters dans la population, comme on l’a vu avec la brasserie de Jupille ou dans certaines écoles, mais ces clusters influencent très peu les formes graves puisque les hospitalisations et les décès n’évoluent pas."

© Chiffres Sciensano au lundi 7/09

La grande rentrée

À la question de savoir si les retours à l’école ou au travail impacteraient cette inflexion de la courbe, le Dr. Coppieters répond : "Pas encore". Selon lui, il serait trop précoce de penser que la rentrée influence ce rebond puisqu’il n’y a pas eu de dépistages systématiques ni à l’école ni dans le monde professionnel qui permettraient de nourrir cette courbe. Et justement, cette absence de dépistage systématique pose problème, selon l’épidémiologiste. Il est convaincu que, pour mieux maîtriser la situation de la rentrée, il faudrait réfléchir à un test régulier auprès des professeurs, du personnel et de tous les adultes évoluant dans les établissements scolaires. De même dans les études supérieures, un test des étudiants et du personnel tous les deux mois permettrait d’y voir plus clair dans la situation.

Mais avec des centres de dépistages surchargés, où des files mêlent personnes symptomatiques et asymptomatiques qui ne respectent pas toujours les distances de sécurité, un problème épidémiologique se pose pour le Dr. Coppieters. "Il ne faut pas que les centres de dépistage deviennent des clusters de transmission, ce serait une grave erreur stratégique. Et c’est vrai qu’en Belgique, nous n’avons jamais mis en place des centres de dépistage différenciés. C’est-à-dire, d'une part, des centres circonstanciels où l’on va à notre retour de voyage et, d'autre part, des centres pour des personnes plus à risque, qui ont été en contact avec un malade par exemple, et à qui on faciliterait l’accès aux tests et l’obtention des résultats." Différencier permettrait de hiérarchiser l’urgence dans les tests, mais ça permettrait surtout à ces groupes de personnes saines et malades de ne pas se croiser, explique l’épidémiologiste.

Une longue attente

Au-delà des longues files devant les centres de dépistage, c’est la longue attente de résultats qui pose aujourd’hui problème dans certaines régions. De six à huit heures au début de la pandémie, il faut désormais attendre trois à cinq jours avant d’être confirmé négatif (ou positif) et retourner travailler à Bruxelles. Cette longue attente, le médecin l’explique par un problème de logistique et de gestion au niveau des laboratoires de l’afflux de tests PCR. "Les machines ne testent pas que le Covid. D’autres pathologies ont besoin de la même technologie. Ces laboratoires doivent être capables de répondre à toutes les fins qui ont besoin de ces robots, en même temps. Il faut se rendre compte que c’est un processus logistique et technologique extrêmement complexe." Une situation à laquelle le gouvernement essaie de répondre en finançant du matériel complémentaire qui permettrait d’augmenter la capacité de dépistage de 70 000 tests par jour à partir d’octobre. Mais le problème se situe aussi du côté de la surcharge de travail dans des laboratoires souvent en mal d’effectif. "C’est bien d’augmenter la capacité en matériel, après il faut payer les ressources humaines pour faire tout ça. Il faudrait que la stratégie en ressources humaines suive le chemin de la stratégie matérielle", confirme le Dr. Coppieters.

Et l’avenir ?

Les prévisions de l'expert en santé publique se veulent rassurantes : "Il ne faut surtout pas s’alarmer, on est sur une situation tout à fait stable en Belgique. Maintenant, il faut surveiller la reprise des activités, le retour à l’école, le retour au travail… Il faut suivre les transmissions et, s’il y a un petit rebond au niveau hospitalier, ce qui est tout à fait possible, il faut que ce rebond soit très vite géré, ce que je pense que les hôpitaux sont désormais tout à fait capables de faire". Il est très peu probable selon lui de revoir le scénario catastrophe de mars et avril, mais un suivi attentif de l’augmentation des transmissions va être nécessaire en cette période de rentrée. "On est aujourd’hui sur un autre profil épidémiologique [du virus]. Les formes graves sont moindres, il y a moins de mortalité donc nos aînés se protègent mieux et les hôpitaux sont prêts à recevoir les quelques patients positifs au Covid et à les intégrer dans la prise en charge normale de toutes les autres pathologies."