Jacques Brotchi a embrassé sur le tard une carrière politique du côté du MR, devenant même président du Sénat jusqu'en juillet dernier. Mais ce Liégeois d'origine a surtout exercé la profession de neurochirurgien. "J'ai porté le masque durant 45 ans lorsque j'opérais. Ce n'était pas pour me protéger moi, mais pour protéger mes patients, pour qu'ils ne soient pas infectés par des gouttelettes chaque fois que j'ouvrais la bouche pour demander du matériel à mon infirmière instrumentiste", explique-t-il. 

Tant comme médecin que comme politique, l'homme est écouté et multiplie les contacts avec les décideurs et scientifiques. La semaine dernière, il a d'ailleurs cosigné la déclaration de l’Académie de médecine qui "recommande" le port du masque. Jacques Brotchi va désormais un pas plus loin. Interview. 

Pour l'instant, les autorités politiques recommandent le port du masque. Doivent-elles plutôt l'imposer ?

Oui, j'en fais un plaidoyer ! Les citoyens devront porter un masque lorsqu'ils sortiront de chez eux dès le début de la période de déconfinement, lorsque la bride sera relâchée. On peut être contagieux, et donc contaminer les autres, deux à trois jours avant l'apparition de symptômes, donc avant une mise en quarantaine. N'oublions pas non plus qu'il existe des personnes asymptomatiques, qui peuvent aussi répandre le virus. C'est donc un acte de civisme, de générosité. Personne ne peut avoir sur la conscience une contamination de gens autour de soi dont certains vont peut-être être hospitalisés, voire mourir.

Si tout le monde portait un masque, on gagnerait du temps, on pourrait plus rapidement retrouver une vie normale. Cela permettrait de sortir plus rapidement de cette tragédie économique, tout en diminuant le risque du rebond. Il faut absolument éviter de connaître un nouvel arrivage massif dans les hôpitaux, qui nécessiterait de resserrer la vis et donc de repartir de zéro. Si on devait faire marche arrière, ce serait un drame.

Pourquoi les politiques n'imposent-ils pas le port du masque ? Ils n'osent pas ?

Parce que nous vivons dans un pays où on vous accuse tout de suite de dictature. Or, pendant une période, nous devons accepter des règles comme si nous étions en guerre, pour ensuite reprendre une vie normale, en retrouvant nos libertés. Peut-être que le Conseil national de sécurité va demander une telle obligation à la Première ministre...

Ce serait une aberration que Sophie Wilmès ne prenne pas une telle mesure ce vendredi ?

J'aimerais qu'elle le fasse ! Elle ne le fera pas si le Conseil de sécurité ne le lui suggère pas...

Quel type de masque recommandez-vous pour la population ?

Vu les difficultés d'approvisionnement, les FFP2 et FFP3, qui filtrent le mieux, doivent être réservés au personnel médical et paramédical, aux kinés, brancardiers... Tous ceux qui soignent et approchent les malades en milieu hospitalier.

Ensuite, les masques chirurgicaux doivent servir à ceux qui n'approchent pas les malades mais qui travaillent dans les hôpitaux (comme les secrétaires, nettoyeurs...) et au personnel des maisons de repos.

Enfin, le reste de la population doit porter un masque artisanal, qui permet de protéger les gens autour de nous. Il en existe sur le marché, mais on peut aussi les confectionner soi-même avec une simple paire de chaussettes : vous coupez le bout du pied et le talon et vous glissez un morceau de papier essuie-tout ou un filtre à café (que vous changez tous les jours) dans le creux. Le virus ne supporte pas les températures au-delà de 60 degrés. Il suffit donc de plonger le masque dans de l'eau bouillante pendant un quart d'heure puis de le faire sécher avant de le réutiliser. Ça ne demande pas de moyens....

N'est-ce pas aux politiques de fournir les masques à la population ?

La demande est telle que cela me semble compliqué...

Recommandez-vous le port de telles protections pour les enfants ?

Non, c'est une catégorie tout à fait à part. Ce serait impossible qu'ils respectent les règles sanitaires avec un masque. Mais s'ils vont voir les grands-parents, ils devront le porter, oui.

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