"Contre toute attente, le SARS-CoV-2 plus létal que les trottinettes : l’hydroxychloroquine pourrait-elle être la seule solution ?" Cette étude est signée par Didier Lembrouille, Nemo Macron ou Otter F. Hantome et d’autres, chercheurs par exemple au Belgian Institute of Technology and Education (BITE), situé à Couillet, en Belgique, à l’Institute for Quick and Dirty Science de Neuneuchâtel ou au palais de l’Élysée. Affirmant qu’elle a pour objectif d’évaluer "le potentiel d’une combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine pour la prévention des accidents de trottinettes" et concluant "qu’il faut urgemment utiliser cette combinaison en prévention des accidents de trottinettes dans le monde entier", cette recherche vient de paraître dans la revue scientifique Asian Journal of Medecine and Health. Une revue qui a toutes les apparences d’une publication scientifique sérieuse, mais qui est en fait accusée d’appartenir à la catégorie des "revues prédatrices". 

Pour qu’un scientifique voie s’y publier une de ses recherches, il lui "suffit" de payer (ici 500 dollars, avec un rabais possible de 89 %), et ce sont même souvent les revues elles-mêmes qui sollicitent les chercheurs par mail. La publication s’y fait sans peer review, c’est-à-dire une relecture par des scientifiques du même domaine qui déterminent si le papier est d’une qualité suffisante pour être publié. Ce qui explique (entre autres) que cet énorme canular ait pu atteindre le stade de la publication. C’est en fait exactement ce que voulaient démontrer les véritables auteurs de cette étude "la plus idiote possible". "Nous démontrons par l’absurde que l’on peut écrire n’importe quoi dans cette revue", explique dans Le Temps le chercheur suisse Mathieu Rebeaud, qui dit être encore surpris de la facilité avec laquelle son article a été publié. "Ces revues représentent un danger car elles donnent un crédit scientifique à des travaux qui ne seraient autrement jamais publiés dans des revues sérieuses." Les blagueurs ont ciblé Asian Journal car c’est dans cette revue que le collectif français pro-chloroquine Laissons les médecins prescrire, dont fait partie une députée de La République en marche, avait publié une étude assurant qu’une combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine accélérait la guérison de patients Covid atteints de symptômes modérés. La députée LREM Martine Wonner avait déclaré qu’elle faisait autant confiance à cette revue qu’au Lancet. Quant aux trottinettes, c’est une allusion à la déclaration du promoteur de l’hydroxychloroquine, Didier Raoult, prédisant que le Covid-19 ferait moins de morts que les accidents de trottinette. De son côté, Asian Journal a indiqué sur son site que l’article était désormais retiré, "après rapport d’une sérieuse fraude scientifique".