Les nouveaux foyers de la maladie se multiplient: premier cas confirmé au Liban, deux décès supplémentaires en Iran, doublement des cas en Corée du Sud et quelque 500 prisonniers contaminés en Chine.

Signe de la nervosité croissante, neuf villes du Nord de l'Italie ont fermé vendredi bars, écoles et autres lieux publics en raison de soupçons de contamination sur 16 personnes.

A Genève, le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tiré la sonnette d'alarme: "Au moment où nous parlons, nous sommes encore dans une phase où il est possible de contenir l'épidémie". Mais la "fenêtre de tir se rétrécit", a-t-il averti, en déplorant le manque de soutien financier international.

L'OMS est particulièrement préoccupée par l'apparition de cas en dehors de Chine "sans lien épidémiologique clair, tels que les antécédents de voyage ou les contacts avec un cas confirmé".

"Nous voyons que la situation évolue", a souligné le Dr Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux à l'OMS: "Non seulement le nombre de cas augmente mais nous voyons aussi différents modèles de transmission dans différents endroits".

L'OMS refuse pour l'instant de parler de pandémie, mais considère qu'il y a une "des épidémies différentes, montrant des phases différentes", a-t-elle expliqué. "Nous essayons de trouver un sens à toutes ces situations différentes dans le monde".

Signe de son inquiétude, l'agence spécialisée de l'ONU a annoncé la nomination de six envoyés spéciaux, parmi lesquels David Nabarro, ancien coordonateur de l'ONU pour Ebola lors de l'épidémie qui toucha l'Afrique de l'Ouest entre fin 2013 et 2014.

Soulignant une fois de plus les mesures "sérieuses" prises par la Chine à Wuhan et Hubei pour contenir l'épidémie, le patron de l'OMS a appelé les "autres pays", sans les citer, à être également "très, très sérieux".

L'épidémie a déjà fait plus de 2.200 morts et a contaminé plus de 75.000 personnes en Chine et plus de 1.100 ailleurs dans le monde.

Si le nombre de nouveaux cas quotidiens en Chine a baissé durant quatre jours consécutifs, il est reparti à la hausse (avec au moins 889 nouveaux cas, contre 673 la veille), a annoncé vendredi le ministère de la Santé.

La Chine a pourtant placé de facto en quarantaine plus de 50 millions de personnes dans la province du Hubei (centre) et dans son chef-lieu Wuhan, épicentre de l'épidémie.

Par ailleurs, plusieurs Etats ont interdit l'entrée des voyageurs venant de Chine, et de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers le pays.

Mais ces restrictions n'ont pas empêché l'émergence de nouveaux cas ailleurs dans le monde, avec 11 décès hors de Chine continentale (hors Hong Kong et Macao).


Un premier cas de coronavirus en Iran © AFP

1er cas en Israël

Une Israélienne a également été déclarée positive à son retour dans son pays, où il s'agit du premier cas.

Au Japon, la polémique enflait vendredi autour du bateau de croisière Diamond Princess, placé en quarantaine en banlieue de Tokyo à Yokohama (est) et qui reste le plus important foyer de contagion hors de Chine.

Deux ex-passagers australiens, initialement testés négatifs à leur descente du navire, ont été déclarés contaminés à leur retour en Australie.

De quoi alimenter les interrogations sur les procédures des autorités sanitaires japonaises, qui ont autorisé cette semaine des centaines de passagers prétendument non infectés à débarquer.

"C'est le moment d'attaquer le virus alors qu'il est encore gérable", a plaidé jeudi le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus. "Si nous ne frappons pas fort maintenant en profitant de cette fenêtre de tir, nous pourrions être face à un grave problème".

"Ce virus est très dangereux. C'est l'ennemi public numéro un et il n'est pas traité comme tel" à l'heure actuelle, s'est-il alarmé.

La Chine continentale a annoncé vendredi 118 morts supplémentaires durant les dernières 24 heures, un chiffre comparable à celui de la veille, ce qui porte le bilan national à 2.236.

Face au risque de contamination, des Etats continuent d'évacuer leurs ressortissants: un troisième avion affrété par la France a ainsi rapatrié vendredi 28 Français et 36 citoyens d'autres pays de l'Union européenne (UE) piégés à Wuhan.

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Situation 'complexe'

Lors d'une réunion du Parti communiste chinois (PCC) présidée par le chef de l'Etat Xi Jinping, les participants ont souligné que le "pic (de l'épidémie) n'était pas encore arrivé" et que la situation restait "complexe" dans le Hubei. Signe de ces difficultés: un médecin de 29 ans est mort à Wuhan.

A Pékin, où la situation semblait jusque-là sous contrôle, les autorités ont par ailleurs fait état vendredi de 36 personnes testées positives à l'hôpital Fuxing. Dans un autre établissement, une personne hospitalisée a été contaminée par deux proches venus lui rendre visite.

Mais surtout, de nombreuses prisons sont touchées: 200 détenus et sept gardiens ont été contaminés à Jining dans la province du Shandong (est), et 34 cas dans un établissement du Zhejiang (est). Dans le Hubei, des contaminations massives ont été enregistrées dans une prison pour femmes (230 cas) et un centre pénitentiaire (41 cas).

Si les Chinois reprennent progressivement le chemin du travail, le pays tourne encore largement au ralenti. La plupart des commerces, restaurants et écoles restent fermés.

Nouvelle encourageante toutefois vendredi: même si l'OMS n'espère pas de vaccin opérationnel d'ici au moins un an, la Chine a annoncé que ses chercheurs pourraient réaliser fin avril de premiers essais sur l'homme.

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