Ce n’est pas une révélation, mais plutôt une confirmation. Publiée ce mercredi, une nouvelle étude menée par la KU Leuven, l’Université d’Anvers, l’Université de Hasselt, l’Institut de santé publique Sciensano et l’Agence intermutualiste (AIM) montre en effet que les personnes exposées à de fortes concentrations de particules fines sont plus susceptibles d’être victimes d’un accident vasculaire cérébral ou d’une crise cardiaque (causée par une formation aiguë de caillots dans le sang). Des effets qui, d’après les données étudiées par les scientifiques, sont plus marqués le premier jour où le phénomène de pollution de l’air apparaît et peuvent se manifester jusqu’à deux jours plus tard.

Mais l’originalité de ce travail est ailleurs, explique Tim Nawrot, chercheur au Centre pour l’environnement et la santé de la KU Leuven. "La vraie nouveauté est le lien qui a pu être établi sur base des données de toutes les mutuelles belges entre les épisodes de pic de pollution et la prescription de certains traitements ou les interventions chirurgicales réalisées par les médecins. On peut réellement voir comment ces pics de pollution se marquent sur le système des soins de santé sur base de données objectives", explique-t-il.

Pour établir leurs conclusions, les scientifiques ont croisé des données relatives aux concentrations de particules fines quotidiennes sur l’ensemble du territoire belge avec les informations issues des banques de données AIM. Il s’agit plus précisément du remboursement de certains médicaments et d’interventions médicales visant à traiter la formation aiguë de caillots dans les vaisseaux sanguins (maladie thromboembolique aiguë).

L’étude met un accent particulier sur l’influence des particules fines PM 10 et PM 2.5 sur la prévention des traitements des thromboembolies aiguës. "Nous n’avons pas mis en évidence de différences d’impact entre les PM 10 qui sont des particules de moins de 10 micromètres et les PM 2.5 qui font moins de 2,5 micromètres. Les deux ont des effets significatifs", note encore M. Nawrot.

Surtout sur les enfants

"Les effets les plus marqués ont été mesurés le jour même où le phénomène de pollution de l’air se produit. Lorsque la concentration de particules fines grimpe de 10 microgrammes par mètre cube, le risque d’intervention liée au traitement de caillots sanguins augmente déjà de 2,7 %", explique l’Agence intermutualiste. Une hausse qui "a un impact significatif, étant donné le nombre important de personnes exposées à la pollution atmosphérique". Il apparaît en outre que les effets des particules fines se font davantage ressentir au printemps, ainsi que chez les enfants. On sait par ailleurs que la pollution atmosphérique a des répercussions sur la consommation générale de soins de santé, rappelle l’AIM. Ainsi, d’après des études antérieures, une diminution de 10 % de la moyenne hebdomadaire de particules fines permettrait à la Belgique d’économiser 5 millions d’euros par an en coûts hospitaliers liés aux affections cardiaques dues à un manque d’oxygène.

Ces nouveaux travaux apportent en tout cas de l’eau au moulin de Greenpeace, qui a intenté plusieurs des actions en justice à ce propos contre les autorités wallonnes et flamandes, tandis que la Commission européenne a récemment demandé des comptes à la Belgique dans le cadre d’une procédure d’infraction pour non-respect de la réglementation européenne sur la qualité de l’air.