Sur les neuf premiers mois de l'année, 397 cas de rougeole ont été recensés en Belgique, contre 117 sur l'ensemble de 2018, rapporte vendredi L'Echo.

Mi-août dernier, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) annonçait qu'au premier semestre 2019, les cas de rougeole à travers le monde avaient triplé par rapport à la même période en 2018. Dans la foulée, le rapport de l'Institut de recherche de la santé publique (Sciensano) montrait que la Belgique n'était pas épargnée par cette hausse, surtout en Wallonie et en région de Bruxelles-Capitale. Entre janvier et juin cette année, 357 cas de rougeole avaient en effet été recensés en Belgique, contre 117 en 2018. Mauvaise élève, la Belgique se trouvait ainsi au-dessus de la tendance générale qui a plus que triplé depuis l'année dernière. En fait, on observe une hausse constante depuis 2016, après un record atteint entre février et mars 2017.

C'est donc sans grande surprise, malheureusement, que les derniers chiffres relayés, vendredi, par nos confrères de L'Echo ne font que confirmer voire aggraver la tendance actuelle. "En 2017, 367 cas de rougeole avaient été déclarés en Belgique . En 2018, ce chiffre était tombé à 117 cas. Mais pour les neuf premiers mois de 2019, nous en sommes déjà à 397 cas" , détaillait dans ces colonnes la Dre Monalisa Zampieri, de l'Hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, qui vient de consacrer son mémoire de fin de spécialisation en pédiatrie à l’étude de la situation de cette maladie en Belgique.

"La Belgique est donc loin d’atteindre les objectifs de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour l’élimination de la rougeole. Des objectifs qui sont de moins d’un cas par million d’habitants , indiquait la spécialiste lors d’un séminaire concernant les maladies infectieuses, qui s'est tenu cette semaine à l’hôpital Saint-Pierre. Or, le plan d’action national belge pour l’élimination de la rougeole, renouvelé en 2016, vise à débarrasser le pays de cette maladie dès 2020…"

Vers la perte du statut de "pays en transition" pour la Belgique?

Autant dire qu'il reste du chemin à parcourir principalement en ce qui concerne la vaccination, dont le taux reste bien trop faible dans notre pays. " Ce qui pourrait valoir au royaume de perdre son statut de "pays en transition" vers l’élimination de la rougeole , notent nos confrères de L'Echo. Un statut enviable que lui avait conféré l’OMS en 2018 ".

"Malgré la vaccination systématique et gratuite pour les deux doses de vaccins RRO (vaccin combiné rougeole, rubéole et oreillons) depuis 1995, des épidémies de rougeole surviennent encore régulièrement sur le territoire belge" , relève encore la Dre Mme Zampieri, identifiant deux causes à ces épidémies: d'une part, le haut taux de contagiosité du virus, et d'autre part, une couverture vaccinale trop faible.

Si, en Flandre, le taux de vaccination est de 93,4 %, les deux autres régions du pays ne brillent pas avec un taux de 76,4 % à Bruxelles et de seulement 70,1 % en Wallonie. Ces chiffres s'avèrent directement liés au nombre de cas recensés respectivement dans chacune des régions. Idéalement, il faudrait atteindre un taux de couverture vaccinale de l'ordre de 95 %, de façon à limiter les cas de transmission de la maladie du fait que le virus n'est plus en circulation. Mais on sait que l'influence des lobbies anti-vaccin n'est pas anodine dans ce phénomène, ne facilitant pas la tâche du corps médical.

"Si le taux de mortalité lié aux complications est, dans les pays développés, très bas, l’impact sociétal et économique de ces épidémies de rougeole contre lesquelles il existe cependant des vaccins n’est pas à négliger" , souligne toujours dans les colonnes de L'Echo le Dr Nicolas Dauby, du service des maladies infectieuses à l'Hôpital St Pierre, faisant référence notamment à une épidémie de rougeole survenue en Italie en 2002-2003. "Cette étude montre que les quelque 5000 hospitalisations consécutives à cette épidémie avaient coûté à la Sécurité sociale italienne entre 17 et 22 millions d’euros. Un chiffre à mettre en regard du coût d’une vaccination suffisante de la population dans le pays pour éviter ce type d’épidémie et chiffré, pour sa part, à moins de 2 millions d’euros"

La situation en Belgique

En Belgique, d'importants foyers épidémiques ont notamment été recensés dans les milieux scolaires de la Louvière ou de Verviers ainsi que dans la prison de Lantin, en province de Liège, poussant la cour d'assises de Liège à suspendre en mai dernier le procès des cinq accusés de l'assassinat de Valentin Vermeesch.

Lors de la publication de son rapport, Sciensano a rappelé que si le virus touche principalement les enfants, les jeunes adultes - qui souvent ne sont pas vaccinés ou ne connaissent pas leur statut de vaccination - sont également à risque.

Rappelons encore que dans notre pays, la vaccination est offerte à tous les enfants et les jeunes à partir de 12 mois. Elle consiste idéalement en 2 doses, une première à 12 mois et une deuxième entre sept et neuf ans. Le statut de vaccination peut être vérifié par une prise de sang et la vaccination rattrapée si besoin.