Maggie De Block l'affirme: il n'y a aucune pénurie de médicaments en Belgique. Ces propos font bondir Phlippe Devos, qui n'hésite pas à les qualifier de fake news.

Depuis plusieurs jours, les hôpitaux dénoncent une pénurie de médicaments, notamment en ce qui concerne les sédatifs. Le docteur Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège, a même confirmé mercredi que les médecins étaient obligés de donner des médicaments destinés aux chiens et aux chats aux patients. Pourtant, selon les dires de la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, la Belgique ne fait face à aucune pénurie de médicaments. Dans une interview accordée à LN24 ce jeudi, elle assure même que la Belgique est pour l'instant bien approvisionnée. Des affirmations totalement fausses selon Philippe Devos, qui est aussi président de l'Absym, l'Association belge des syndicats médicaux.

"C'est amusant, la ministre a mon numéro de téléphone privé et mon mail, mais elle ne communique à ce sujet que par voie de presse", s'étonne Philippe Devos. Joint par nos soins, le médecin affirme que, depuis plusieurs jours, les hôpitaux font face à une pénurie réelle. L’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) justifie cette pénurie par une mauvaise application des procédures de la part des pharmacies hospitalières. "60% des hôpitaux que j'ai contactés sont dans ce cas de figure, je ne pense pas qu'autant d'établissements appliquent mal les procédures. Je pense plutôt que c'est au niveau des procédures qu'il y a un problème", déclare Philippe Devos.

En Belgique, pour qu'un médicament soit administrable et reconnu, il doit obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM). Mais, d'après Philippe Devos, depuis une dizaine de jours, l'AFMPS ne livre plus que des produits qui ne possèdent pas ladite autorisation. "Les médecins sont obligés de signer un document déclarant qu'ils prennent l'entière responsabilité quant à l'administration de ces produits douteux. Et puisque nous recevons ces médicaments non conformes, l'Etat considère qu'il n'y a donc pas de pénurie. Il y a pourtant bel et bien une pénurie de médicaments munis d'une AMM", déplore Philippe Devos. Ce dernier explique qu'en tant que médecin, il se doit de dire la vérité à ses patients quant à l'origine de ces produits. "Nous avons des patients qui ne comprennent pas et qui crient aux fake news lorsque nous leur expliquons la situation, puisque Madame De Block affirme que la pénurie n'est pas réelle. Il y a un manque de transparence et cela doit changer. Le gouvernement fait preuve de transparence en ce qui concerne le stock des masques. Pourquoi ne pas faire pareil dans le cas des médicaments? Il y a un problème de communication", estime le médecin.

"Pas de chasse aux sorcières, mais..."

De plus, Philippe Devos rappelle qu'actuellement les hôpitaux ne reçoivent qu'un stock de 7 jours pour un traitement qui doit normalement être administré 21 jours. "Nous travaillons sous tension et nous ne sommes pas sereins puisque nous ne pouvons pas garantir à nos patients qu'ils pourront bénéficier du traitement dans sa totalité", explique-t-il. Le président de l'Absym vient d'ailleurs de contacter l'AMPS à ce sujet et espère que les choses évolueront de manière positive. "Les médecins ne doivent pas assumer les défauts de commandes de médicaments d'un État défaillant. Nous devons apprendre de nos erreurs et nous préparer pour qu'une telle situation ne se présente plus dans le cas d'un éventuel second pic de contamination", explique-t-il.

Enfin, Phlippe Devos déplore l'attitude de Maggie De Block quant à la situation actuelle. "Nous ne voulons pas faire de chasse aux sorcières, mais la ministre ne reconnait pas les dysfonctionnements du système actuel, et sans cela nous ne pouvons pas avancer. Notre but, c'est de pouvoir soigner de manière optimale les patients. Je ne comprends pas que son but ne soit pas identique", conclut-il.