En confirmant, lundi, que le mystérieux virus qui touche les grandes villes de Chine est transmissible entre humains, un expert gouvernemental en maladies infectieuses vient de rendre la menace plus inquiétante. Zhong Nanshan, un scientifique renommé de la Commission nationale de la santé, qui avait aidé à évaluer l'ampleur de l'épidémie de Sras en 2003, vient en effet de déclarer à la chaîne de télévision d'Etat CCTV que cette transmission par contagion était bien "avérée". Il s'agit du " septième coronavirus capable de donner des manifestations cliniques chez l'humain", a expliqué à l'AFP Arnaud Fontanet, responsable de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur à Paris.

Déjà, en donnant, lundi plus tôt dans la journée, le signal d’une mobilisation du pays pour enrayer “résolument” la propagation du nouveau virus qui a fait trois morts depuis décembre et a commencé à contaminer les Etats voisins, le président chinois Xi Jinping semblait ne pas prendre la chose à la légère. Loin de là. Il faut dire qu’en plein chassé-croisé dans les transports avant le Nouvel an chinois, la menace d’une épidémie de pneumonie de grande ampleur a de quoi inquiéter. Aussi le numéro un chinois a-t-il jugé “absolument crucial de faire un bon travail en matière de prévention et de contrôle épidémiologiques”.

A présent fermé pour procéder aux opérations de décontamination, le foyer de l’épidémie semble être un marché de Wuhan spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons. Plusieurs patients contaminés y travaillaient. Et si, jusqu’ici, les personnes touchées étaient toutes issues de cette agglomération de 11 millions d’habitants située au centre du pays, pour la première fois, lundi, les responsables sanitaires chinois ont signalé de nouveaux cas dans d’autres villes du pays. En l’occurrence deux à Pékin et un autre à Shenzhen, la métropole de l’extrême sud qui fait face à Hong Kong. Toutes ces personnes s’étaient cependant rendues à Wuhan. A cela s’ajoutent quatre cas répertoriés dans d’autres pays, soit un cas au Japon, deux en Thaïlande et un autre tout récemment en Corée du Sud, mais tous ayant semble-t-il séjourné à Wuhan.

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Le bilan officiel chinois

Si, officiellement, le bilan chinois de l'épidémie apparue en décembre dernier fait état de 218 cas, dont trois mortels et 170 patients toujours hospitalisés, des experts britanniques ont cependant estimé que le chiffre réel dépassait probablement le millier en date du 12 janvier dans la seule ville de Wuhan. "Il est possible que certains malades n'aient que peu voire pas de symptômes, ce qui masquerait le nombre réel de personnes infectées et donc l'étendue de la transmission entre humains", juge le Dr Jeremy Farrar, de la fondation de recherche britannique Wellcome.

Le dirigeant communiste a toutefois estimé “nécessaire de diffuser l’information en temps et en heure et de renforcer la coopération internationale”. On se rappellera que, lors de la pandémie de Sras, qui avait tué quelque 650 personnes en Chine continentale et à Hong Kong en 2002-2003, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de la maladie.

Cette fois, il n'en est rien. Les autorités sanitaires chinoises ont accompli "un tour de force", a souligné le Pr Fontanet, en repérant qu'un "problème anormal était en cours" au moment des premiers diagnostics mi-décembre, puis en faisant la relation entre ces patients et le marché. En outre, la Chine a "rapidement réalisé et partagé avec le reste du monde la séquence génétique de ce nouveau coronavirus", ajoute le Pr Adam Kamradt-Scott, de l'Université de Sydney. Cela a permis de mettre sur pied un test spécifique pour identifier les cas.

Au stade actuel, nous dit pour sa part le Dr Ula Maniewski, médecin interniste, spécialisée en infectiologie à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, on sait qu’il s’agit d’un nouveau coronavirus, une grande famille dont font partie le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) ou encore le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient), tous deux apparus ces dernières années et qui circulent toujours. On ne sait cependant toujours quels sont précisément les animaux à l'origine de la contamination”. Cela pourrait permettre de savoir si des foyers existent dans d'autres marchés que le premier, et de prendre de nouvelles mesures. Pour contenir l'épidémie, il faut en effet trouver sa source, c'est-à-dire les animaux qui sont les réservoirs du virus. Dans le cas du Sras, "c'est en interdisant la consommation des civettes (un mammifère dont la viande est appréciée en Chine, ndlr) et en fermant les fermes d'élevage qu'on avait pu prévenir toute réintroduction" du virus, rappelle le Pr Fontanet.

Bien qu’il soit à ce stade prématuré de se prononcer sur la dangerosité du virus, il semblerait que “par rapport au Mers, ce virus soit moins inquiétant, nous dit encore le Dr Maniewski. D’après les rapports, sur un peu plus de 200 cas répertoriés à l’heure actuelle, il y a eu trois décès et sept ou huit personnes sévèrement malades, dont la vie est toujours en jeu.

Un point de vue partagé par l'expert français. "La gravité semble plus faible que le Sras", juge le Pr Fontanet. Mais cela pourrait changer. "On n'a pas vraiment d'argument pour dire que ce virus va muter, mais c'est ce qui s'était passé avec le Sras", dont le virus avait évolué après son apparition pour devenir "plus transmissible et plus virulent". Toutefois, envisager un même scénario pour le nouveau virus reste pour l'instant "purement spéculatif, souligne-t-il. On a appris les leçons du Sras: on est mieux armé, plus réactif".

Dans quelle mesure faut-il dès lors s’inquiéter ?

Si la contagiosité entre humains est à présent confirmée, reste toutefois à connaître l'intensité de cette transmission et le degré de contagiosité du virus, dont dépendra l'ampleur de l'épidémie dans les jours et les semaines à venir.

"Compte-tenu des habitudes de voyage à travers le monde, de nouveaux cas dans d'autres pays (que la Chine) sont probables", a fait savoir l'Organisation mondiale de la santé. "Il est difficile de prédire l'ampleur de l'épidémie à ce stade, mais il est clair qu'elle s'étend. Nous sommes tous bien plus préoccupés qu'il y a quelques jours", reconnaît le Dr Mike Turner, de Wellcome.

C'est pourquoi plusieurs pays, dont les Etats-Unis, ont mis en place un système de surveillance aux aéroports pour filtrer les voyageurs venant de Wuhan et les isoler s'ils présentent des symptômes respiratoires.

Quant à savoir ce que l’on peut faire face à l’apparition d’un nouveau virus comme celui-là, "il existe des traitements qui sont uniquement supportifs, dans le sens où ils ne peuvent servir qu’à alléger les symptômes, en l’occurrence respiratoires et de la fièvre. Les victimes sont décédées d’une pneumonie", explique le médecin de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. "Les personnes qui sont suspectées d’être contaminées par le virus seront mises en isolement." D'autant plus que la contagiosité entre humains est à présent avérée.