Les initiatives se multiplient pour tenter de répondre par tous les moyens possibles à la pénurie de masques destinés au personnel soignant.

Depuis plusieurs jours, les “Fablabs” de l’ULB, d’Andenne et de Charleroi ont ainsi planché sur un modèle de masque permettant de mieux protéger les soignants exposés à des personnes atteintes du Covid-19. Contactés par le CHU Saint-Pierre, hôpital de référence pour le coronavirus, les 25 scientifiques, architectes, designers, ingénieurs, médecins et techniciens ont développé plusieurs modèles de “surmasques” intégraux et réutilisables permettant d’allonger la vie des masques chirurgicaux et FFP2.

Un équipement qui améliore la protection du corps médical puisqu’il recouvre l’entièreté du visage “et permet donc d’éviter la contamination par les muqueuses des yeux”, précise Alain Delchambre, co-coordinateur du Fablab ULB. Placé au-dessus du masque chirurgical, il constitue “une barrière à 100 % sûre” puisqu’il protège contre les projections extérieures.

Une feuille en plastique et un support

Le matériau de base est une feuille en plastique A4. “Ce sont les slides que l’on utilise sur les anciens rétroprojecteurs”, précise Alain Delchambre. Les Fablabs - espaces collaboratifs de prototypage - ont dû créer un support afin de la faire tenir devant le visage de ses usagers. Pour ce faire, ils utilisent deux processus de production : l’impression 3D et la découpe laser. Ces prototypes de masques de protection faciale transparent ont été testés et validés par les médecins du CHU Saint-Pierre.

© FabLab ULB

"Les modèles FFP2 auraient demandé trop de temps de production", explique Alain Delchambre. Alors qu’en une journée, un seul FabLab peut produire environ 600 surmasques. "Nous devrons mobiliser une dizaine de personnes chaque jour. Des étudiants se sont manifestés. C’est une bonne nouvelle", relate-t-il encore. L’hôpital Saint-Pierre a en effet demandé 1500 pièces. Et ce n’est qu’un début puisque d’autres hôpitaux ont sollicité le soutien de la Fondation Michel Cremer, qui finance actuellement les matières premières (mais dont les ressources sont limitées). "Certains fournisseurs, d’Anvers à Charleroi, en passant par Drogenbos, ont mis à disposition les matériaux à prix coûtant", souligne Cécile Sztalberg, directrice de la fondation, qui y voit un signe que "les gestes de solidarité sont nombreux en temps de crise".

Les plans sont désormais mis en open source, afin que toute personne - "dont les particuliers qui disposent d’une imprimante 3D" - puisse produire ces surmasques et participer à l’effort collectif. "Il s’agit de répondre le plus rapidement possible aux besoins exprimés par les hôpitaux avec les moyens dont on dispose", commente Cécile Sztalberg.

Notez à cet égard que le FabLab Wapi (situé à Tournai) et le FabLab de Mons produisent eux-aussi des visières de protection à destination du personnel soignant.

© fablab-ulb

La logique pluridisciplinaire, terreau du succès

La solution à la crise que nous connaissons se trouve-t-elle (aussi) dans la solidarité et l’innovation ? “Ces deux mots résument effectivement l’initiative”, pense Cécile Sztalberg. “Cette chaîne de solidarité, le travail en réseau et la rapidité de la mise en place du processus de production ont été favorisés par un écosystème déjà présent”, ajoute-t-elle.

Les médecins et les ingénieurs travaillent en effet en proche collaboration au développement d’outils médicaux depuis une dizaine d’années. Par ailleurs, “la filière d’ingénieur bio-médical a permis aux ingénieurs de comprendre et de parler la même langue que les médecins”, ajoute Alain Delchambre.

“Nous disposons d’atouts indéniables pour faire face : des capacités, des ressources, des compétences, un réseau large d’hôpitaux universitaires et la volonté de nombreux acteurs de s’inscrire dans ces chaînes de solidarité”, souligne Cécile Sztalberg.

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