Il y a 150 ans, les causes des maladies étaient encore inconnues. A l'époque, le "mauvais air" respiré était souvent pointé du doigt. Pourtant, en quelques générations et grâce aux travaux de médecins et chimistes, les innovations techniques ont permis d'identifier les agents pathogènes à l'origine de certaines maladies et surtout, de jeter les bases des vaccins, outil indispensable dans la lutte contre celles-ci.

Les vaccins permettent au système immunitaire d'avoir un premier contact avec une version inoffensive ou morte d'un germe, ce qui va enclencher la production d'anticorps. Grâce à cette première exposition, le système immunitaire pourra éliminer plus rapidement les germes responsables s'il y est à nouveau confronté, puisqu'il devra produire des anticorps similaires pour se défendre. Si les taux de vaccination sont suffisamment élevés au sein de la population, la transmission des maladies infectieuses est interrompue, ce qui signifie que même les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner sont protégées. C'est le principe de l'immunité de groupe.

Le premier vaccin au monde

La variole a été l'une des pires maladies mortelles de l'Histoire. Au cours des cent dernières années de son existence, la maladie aurait tué au moins un demi-milliard de personnes, soit l'équivalent d'un peu plus de la population actuelle de l'Union Européenne. Aucun traitement efficace n'a été trouvé contre la maladie, mais en 1798, un vaccin a été mis au point. C'est le premier vaccin au monde et on le doit à Edward Jenner, un médecin de campagne anglais. Un jour, il découvre une ressemblance entre la "vaccine", une maladie bénigne touchant les vaches, et la variole. Il remarque que les fermières en contact régulier avec les vaches ne contractent pas la variole lors des vagues d'épidémies. En mai 1796, Jenner inocule donc la version bovine de la variole à un garçon, puis quelques mois plus tard, la variole. Voyant que le garçon ne développe pas de symptômes, il a poursuivi ses recherches jusqu'à mettre au point le vaccin.

Grâce à une campagne massive de vaccination menée par l'OMS, le nombre de personnes atteintes par cette maladie a pu diminuer drastiquement, comme on peut le voir dans le graphique ci-dessus. L'éradication totale de la variole a été prononcée en 1980. Si elle ne survient plus de façon naturelle, des stocks de virus variolique sont encore conservés dans deux laboratoires de confinement renforcé. On estime que le vaccin contre la variole a permis de sauver la vie de 150 à 200 millions de personnes depuis sa création.

Les épidémies de polio

L'histoire de la polio est similaire à celle de la variole, mais nettement plus récente. Les épidémies de polio qui sévissent en Europe dans les années 1900 à 1925 ont fortement marqué les esprits. Principalement contractée par les enfants, la polio peut entraîner la paralysie permanente de diverses parties du corps. Elle peut finalement causer la mort en immobilisant les muscles respiratoires du patient. Un vaccin a été mis au point en 1955, permettant aux vagues d'épidémies successives de prendre fin. En 1979, les États-Unis ont été déclarés exempts de polio.

Le projet d'éradication de la polio a été décidé par l'OMS en 1988. Il reposait principalement sur le vaccin oral, qui était destiné à tous les enfants de moins de 5 ans de tous les pays où sévissait encore la maladie, soit près de 125 pays. L'objectif d'éradication, d'abord fixé pour l'année 2000, a plusieurs fois été reculé à cause de difficultés socio-politiques rencontrées sur le terrain. Malgré tout, on estime que son éradication est complète à 99%, avec moins d'une centaine de nouveaux cas par an dans le monde depuis 2015. Si la polio arrive à être éradiquée, elle deviendrait la troisième maladie à l'être, après la variole et la peste bovine.

En Belgique, le vaccin contre la polio est le seul à être obligatoire et ce depuis 1967. Fin 2019, on apprenait que de plus en plus de cas de refus de vaccination étaient transmis au parquet. Les parents qui refusent de vacciner leurs enfants encourent une amende de 150 à 800 euros et une peine de prison de huit jours à un mois.

2 à 3 millions de décès évités chaque année

Chaque année, la vaccination permet de prévenir 2 à 3 millions de décès dus à des maladies comme la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la grippe et la rougeole. La mortalité due à la rougeole a d'ailleurs diminué de 80% dans le monde, passant d’environ 545 000 décès en 2000 à 110 000 en 2017.

Si la couverture vaccinale mondiale s’améliorait, 1,5 million de décès supplémentaires pourraient être évités. Dans le graphique ci-dessous, on peut voir que le nombre de décès liés à des maladies pour lesquelles un vaccin existe est en baisse quasi-constante depuis les années 1990 en Belgique. C'est la tuberculose qui fait encore le plus de victimes chaque année, avec 90 décès en 2017.

Et le coronavirus ?

Les laboratoires pharmaceutiques travaillent depuis plusieurs mois à la création d'un vaccin. Si le processus est habituellement assez long, tous essayent de réduire le temps de production afin de pouvoir le mettre sur le marché aussi vite que possible. Plusieurs pistes prometteuses commencent à se dégager, comme par exemple le vaccin développé par des scientifiques de l'Université d'Oxford et par la société pharmaceutique AstraZeneca. Ce dernier semble montrer des résultats sûrs et déclenche une forte réponse immunitaire selon les résultats des premiers tests.

Plusieurs pays essayent d'ores et déjà de s'assurer l'obtention de millions de doses, comme par exemple les Etats-Unis qui ont récemment débloqué 1,95 milliard de dollars à cette fin. Une véritable course qui crée énormément de tensions entre certains états. Une chose est sûre : alors que le covid-19 a déjà fait plus de 634.000 décès dans le monde, le vaccin est attendu de pied ferme.