Le Dr Philippe Devos est le chef des soins intensifs au CHC de Liège et président de l'Association belge des syndicats médicaux (Absym).

Invité de Bel RTL ce mercredi matin, le Dr Philippe Devos est revenu sur la pénurie de médicaments qui touche les hôpitaux en Belgique. "Les sédatifs sont pour le moment en pénurie. Si je n’ai pas de sédatifs, le patient ne dort pas quand il est sous respirateur. De l’air qu’on vous pousse de force dans les poumons sans être endormi, 'sédaté', c’est insupportable, vous mourrez. J’ai besoin de sédatifs pour soigner les gens" a-t-il estimé.

Pour le docteur, c'est la distribution qui pose problème. Il reçoit ces sédatifs au compte-gouttes. "On m’en livre pour 7 jours et ensuite on me dit 'dans 7 jours, on vous redira si on en a ou pas'. Là, nous avons un petit stock qui se finira demain (jeudi) et on n’a toujours pas d’annonce de livraison pour après-demain. On ne sait pas", a-t-il expliqué.

"On va vous donner des médicaments chiens et chats"

Autre rumeur qui circule: les médecins n'auraient pas d'autres solutions que d'utiliser les médicaments destinés aux vétérinaires pour contrer cette pénurie. Il confirme ces propos: "Il y a plusieurs hôpitaux à qui le gouvernement a dit: 'on n’a plus de médicaments pour l’humain donc on va vous donner des médicaments pour chiens et chats. Ne vous tracassez pas, on a fait des tests, ça devrait aller’". 

Face à ces problèmes de pénurie, le corps médical est dans l'obligation de s'adapter. Le chef des soins intensifs du CHC de Liège admet que les médecins doivent également opérer un tri entre les patients. "Quand vous n’avez plus que du stock pour deux jours, que vous envoyez des mails, qu’on ne vous répond pas, qu’on vous envoie d’autres produits, des produits vétérinaires, etc. (…) effectivement, certaines équipes ont décidé de dire : 'on va quand même regarder qui a le plus de chances de survie' et prioriser ces entrées-là par rapport à ceux qui ont moins de chances de survie."


La fin de la distanciation sociale pas pour tout de suite...

Toujours sur Bel RTL, Philippe Devos est revenu sur un déconfinement en Belgique. Le président de l'Absym a estimé qu'on était loin de la fin des mesures. "En avril, c’est sûr que ça n’arrivera pas. C’est trop tôt", a-t-il évalué. "On est proche de la pénurie de médicaments. Je vois quelque chose de progressif. On a 40 mesures qui nous empêchent d’avoir la liberté, on ne va pas tout ouvrir d’un coup." 

Selon le docteur, cela va prendre un temps considérable. "Probablement que certaines mesures ne seront jamais levées d’ici le vaccin. La distanciation sociale, le respect d’1 mètre 50 entre les personnes, c’est quelque chose qui va durer jusqu’au vaccin. Les firmes pharmaceutiques annoncent entre 12 et 18 mois."

Pour rappel, le Conseil national de sécurité se réunit ce mercredi à 14h30 afin d'aborder l'avenir et de définir les règles qui organiseront notre société pour les prochaines semaines. Un prolongement du confinement jusqu'au 4 mai est plus que probable.