Puisque nous ne pouvons nous aventurer à l’extérieur, partons explorer notre espace intérieur: un conseil qu’on voit fleurir sur les réseaux sociaux, alors que nous sommes confinés et parfois – un peu, beaucoup – angoissés, stressés, anxieux. “Nous n’avons pas beaucoup d’autres choix. Ou alors on passe son temps à se divertir. Le divertissement est bon aussi mais, tout seul, il n’amène pas une forme de paix intérieure”, constate Ilios Kotsou, psychologue spécialisé dans l’intelligence émotionnelle et la pleine conscience.

Pour traverser au mieux ces temps tourmentés, l’association Émergences, dont il est le cofondateur, propose “des méditations et moments de partage quotidiens gratuits pour cultiver le lien et la présence, confiance, résilience et bienveillance”, via la page Facebook Prezens (*). En quatre jours à peine, ses vidéos ont été vues plus de 100.000 fois. On peut aussi s’initier à la méditation par le biais d’applications, comme "Petit Bambou", "Mind" ou "Méditer avec Christophe André", le psychiatre bien connu. Et, pour les plus jeunes, écouter la douce voix de Sara Giraudeau, sur un CD fourni avec le livre d'Eline Snel, Calme et attentif comme une grenouille (Les Arènes), ou se plonger avec Yupsi le petit dragon dans La méditation pour les enfants (Marabout) de Marie-Christine Champeaux-Cunin et Dominique Butet. 

Dans une situation de crise, de nombreux paramètres mettent notre santé psychologique, relationnelle et parfois physique à mal”, explique Ilios Kotsou. Face à l’incertitude actuelle, la pratique de la méditation “va favoriser notre résilience", "elle va nous permettre de retrouver un espace de tranquillité en nous", bénéfique en particulier pour les personnes seules chez elles ou les familles confinées dans un logement serré. "On sait que la solitude est terrible à vivre, elle tue au moins aussi sûrement que le coronavirus. C’est l’occasion maintenant d’apprendre à vivre mieux avec nous-mêmes", pense le psychologue. Et "quand on est nombreux dans un espace pas très grand, les gens qu’on aime le plus, avec lesquels on vit tous les jours, sont ceux qui vont subir notre nervosité. Voilà l’occasion de développer une vie intérieure". Il est important "d’être plus compréhensif, de cultiver une sorte d’amitié envers soi-même, qu’apprend la méditation, pour être aussi plus amical avec son environnement et avec les autres".

Se poser ainsi permet également de ne pas se laisser "emporter par la peur, et donc de ne pas laisser notre tête échafauder des scénarios catastrophes et enclencher une boucle qui se nourrit d’anxiété et de panique”. Ce recul "ne veut pas dire qu'on sait ce qu'il va se passer mais on aura l'esprit plus clair". Comme le dit le Dr Jon Kabat-Zinn, qui dirige la Clinique de réduction du stress et le centre pour la pleine conscience en médecine de l’université médicale du Massachusetts, un esprit clair permet de voir plus clairement tous les problèmes de la vie.

"La grande toile de l'humanité et du vivant"

"L’esprit apaisé est important aussi", poursuit Ilios Kotsou, car "le corps et l’esprit sont très fortement liés". "Dans une situation comme celle-ci, dans laquelle on a besoin aussi d’avoir une bonne immunité physique, on sait que la méditation a un effet en traitement complémentaire, notamment parce qu’elle nous permet d’être moins réactifs aux stresseurs de l’environnement et donc de beaucoup mieux gérer son stress."

Cultiver une forme de conscience intérieure fera en outre réaliser que nous faisons "partie de la grande toile de l’humanité et du vivant", espère Ilios Kotsou. "Bien évidemment, nous devons garder une distance physique, mais elle n'a rien à voir avec la distance sociale. Cela me permet de voir ce que je peux faire pour me connecter davantage et aider quand c'est possible. En situation de crise, on voit d'abord les côtés les plus généreux des êtres humains."

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(*) Le rendez-vous est donné tous les jours en live à 8h, 10h et midi pour une méditation; puis, à 18h30, pour une rencontre avec une personnalité "inspirante" (philosophe, psychologue, auteur, etc. comme Thomas d’Ansembourg, José Le Roy, Thierry Janssen ou, prochainement, Frédéric Lenoir), suivie d’une pratique. Une méditation s’adresse plus spécifiquement aux parents, le soir (21h) deux fois par semaine, et aux soignants, le matin tôt (6h30) trois fois par semaine.