Le médecin infectiologue Jean-Luc Gala (UCLouvain) est un habitué des terrains épidémiques (notamment dans le cadre d’Ebola). Son conseil ? Que tout le monde porte des masques. Il propose d’ailleurs un patron et une vidéo tutoriel (voir vidéo ci-dessus) pour en confectionner un soi-même, à base de tissu polyester très serré. En forme de poche, il est conçu pour y glisser “plusieurs couches de filtres en papier”, ce “papier absorbant” pouvant être de l’essuie-tout ou des filtres à café, et pouvant bien sûr être remplacé autant de fois que l'on veut. Ce masque, “on peut le porter toute la journée et le laver à l’eau chaude et au savon, le soir.” Ils sont “plus efficace que les masques chirurgicaux en papier” - au bout d’une heure ou deux, ceux-ci ne sont plus efficaces et ils sont aussi inadaptés aux citoyens en contexte épidémique, selon le Dr Gala - pour “protéger le citoyen contre la transmission aérienne du coronavirus”.

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”Au départ, il y a eu beaucoup de confusions. Pourquoi les autorités ne souhaitaient-elles pas que la population en porte ? Parce qu’on tablait sur le fait que le gouvernement devait fournir lui-même des masques pour le citoyen, ce qui dans un contexte de pénurie majeure au niveau du personnel hospitalier, était une tâche impossible avec le risque de voir la population dévaliser les pharmacies et aggraver encore la pénurie existante. Il est donc évident que les autorités n’avaient pas les moyens de fournir un masque à chaque citoyen. Mais le postulat de départ d'une fourniture par le gouvernement est une erreur: il eut été judicieux- et cela reste bien évidemment valable actuellement- de suggérer au citoyen de préparer son masque lui-même, et de lui fournir les moyens de le faire, en suivant des normes qui assurent une efficacité de filtration et d'hygiène maximale à ce masque. Et il aurait été également judicieux - et cela reste bien entendu d'actualité- de recommander au citoyen de porter ce masque lors de toutes sortie du domicile. Parce qu’il faut différer autant que possible l'apparition des cas sévères afin de permettre aux hôpitaux d'absorber progressivement ces cas et ainsi conserver la résilience du système de santé face à la crise. Il est indéniable - tous les médecins de terrain vous le confirmeront - que le port du masque de protection peut freiner la propagation du virus par voie aérienne. Diminuer autant que possible le nombre de cas sévères est exactement ce que vise la mesure gouvernementale du confinement.”

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Avec ces masques, poursuit le Dr Gala, la propagation des gouttelettes quand on postillonne (mode de transmission du virus le plus fréquent) sera bloquée - "c'est sûr à 100 %" -, même si la contamination peut se faire aussi par les surfaces. “Si chacun met un masque, vous avez deux barrières consécutives à franchir pour le virus (vous vers votre correspondant, et votre correspondant vers vous). Deux barrières, c’est mieux que zéro barrière. La situation la moins favorable : personne ne met un masque. La situation modérément favorable : une des deux personnes en présence met un masque. La situation idéale : les deux ont un masque.” 

Quid de ce qu’ont dit les autorités à propos des masques uniquement utiles pour les personnes malades ? “Je n’ai jamais compris cette explication de masque qui marche dans un sens et pas dans l’autre, mais je ne me prononce pas sur ce que les autres ont dit. Je parle d’un principe de base de la médecine infectieuse de terrain. C’est simple : si chacun porte un masque, le risque de transmission est significativement diminué, si personne n’en met, le risque est notoirement plus élevé. La logique est simple et implacable! ”.

Le lien Open Source disponible pour fabriquer son masque.

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