"Une percée historique". C'est ainsi que le président américain, Donald Trump, a présenté ce dimanche 23 août le traitement au plasma des patients souffrant du coronavirus. "Cela pourrait sauver un nombre considérable de vies", a continué le milliardaire, expliquant que l'agence américaine du médicament (FDA) avait autorisé en urgence le traitement déjà largement utilisé aux Etats-Unis. Si la communication autour de cette annonce était bien rodée et a fait mouche, ce traitement que le locataire de la Maison-Blanche a mis en avant laisse quelque peu les médecins perplexes. De nombreuses études ont été entamées sur la transfusion de plasma dans le cadre de la pandémie actuelle. En Belgique notamment, deux études sont en cours. Une équipe de chercheurs de la KULeuven supervisée par Geert Meyfroidt s'intéresse à ce fameux traitement qui a été inoculé à plusieurs patients. Des scientifiques de l'UZ Gent se penchent également sur la question.

En Belgique, on préfère jouer la carte de la prudence  

La manœuvre consiste à récupérer le plasma d'une personne ayant contracté le virus, mais étant désormais guérie, et à le transfuser à un malade (dans le cadre de l'étude de la KULeuven, deux poches de plasma ont été injectées à chaque patient). Le liquide, qui contient des anticorps, est censé permettre aux malades d’éliminer plus vite le virus et de limiter les dégâts sur l’organisme. Mais, comme l'a répété plusieurs fois Geert Meyfroidt sur les ondes de Radio 1, le traitement n'est toujours qu'à l'étude. "Nous avons maintenant examiné 50 patients dans toute la Belgique et notre objectif est à terme d'observer 483 patients", a détaillé le scientifique.

Selon ce dernier, s'avancer sur les résultats est bien trop précoce. "Au rythme actuel, je pense que nous connaîtrons les résultats de cette étude dans un an", a estimé l'expert sur Radio 1. Il s'agirait avant tout de s'assurer d'apporter les bonnes réponses aux questions qui sont posées au sujet du traitement. Pour cela, Geert Meyfroidt plaide pour des études complètes, appelant les scientifiques à "prendre le temps" même en cette période particulière. "Je pense qu'il vaut mieux s'intéresser à cela dans le cadre d'une étude, pour qu'à la fin, vous ayez une réponse efficace à vos questions grâce au résultat observé sur une série de patients, a-t-il ajouté. Si vous allez l'administrer de manière incontrôlée dans une population, vous n'aurez jamais de réponse définitive. Ni sur l'efficacité, ni sur la sécurité du traitement, ce qui est très important."

Le professeur Lambrecht, à la tête de l'étude de l'UGent, a également recommandé de ne pas se précipiter, demandant à ce que davantage de recherches scientifiques soient menées. "Il s'agit d'un choix attrayant, mais pas d'un miracle comme tout le monde le dit maintenant", a-t-il averti auprès de l'agence Belga.  

Des pressions de la part de Trump

Aux Etats-Unis, quelque 70.000 patients ont déjà bénéficié d'une transfusion de plasma. Pourtant, son efficacité n'a pas encore été démontrée et certains médecins ont déjà rapporté certains effets secondaires, ainsi qu'une transmission d'agents infectieux. Comment expliquer alors la décision de la FDA, présentée par Donald Trump ce dimanche ? Selon Geert Meyfroidt, elle est le résultat d'une importante pression, en grande partie de la part de la Maison-Blanche. Le scientifique a ainsi rappelé que le président américain vantait les mérites de ce traitement dès le début de la crise sanitaire. Cumulées à cela, les vives critiques dont Trump fait l'objet quant à sa gestion du coronavirus n'ont certainement pas mis un frein à la volonté du milliardaire de mettre les bouchées doubles pour trouver un traitement contre la maladie qui a déjà tué 176.694 Américains.