Alors que la Belgique a prévu d'entamer sa campagne de vaccination début janvier, d'autres pays européens sont déjà bien plus avancés et ont déjà commencer à vacciner leur population ce week-end. On fait le point sur la vaccination en Europe.

La Russie en avance

De tous les pays européens, c'est la Russie qui semble la plus avancée en matière de vaccination. La ville de Moscou a en effet commencé samedi à vacciner les soignants et enseignants à risque de contracter le Covid-19.

Le Spoutnik V a été inoculé samedi aux travailleurs sociaux, aux personnels médicaux et aux enseignants dans septante centres de vaccin ouverts dans la capitale russe.

Ce vaccin russe est pourtant encore dans la troisième et dernière phase d'essais cliniques auprès de 40.000 volontaires.

Mais trouver le premier le Graal qui sauvera l'humanité d'une pandémie qui a déjà fait 1,5 million de morts dans le monde est devenu une compétition planétaire: 51 candidats vaccins sont actuellement testés sur des humains, treize étant en dernière phase d'essais, selon l'OMS.

Début de la vaccination ce mardi au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni, pays le plus endeuillé d'Europe par le Covid-19, s'apprête à lancer une campagne massive de vaccination, la première en Occident.

Les premières doses commenceront à être administrées mardi en Angleterre, au Pays de Galles, en Ecosse et en Irlande du Nord, mais la majorité de la population britannique devra attendre 2021, priorité étant donné aux résidents et personnel des maisons de retraite, suivis ensuite par les soignants et les plus de 80 ans.

La distribution du vaccin sera "un marathon et pas un sprint", selon le directeur médical du service public de santé (NHS), Stephen Powis.

Le Royaume-Uni (au moins 61.245 morts) a été le premier à donner son feu vert au vaccin des laboratoires Pfizer et BioNTech. L'Agence européenne du médicament devrait rendre un avis sur ce vaccin d'ici fin décembre.

La campagne à venir est cruciale pour le gouvernement du Premier ministre britannique Boris Johnson, très critiqué pour sa gestion de la pandémie.

Des "hubs" sont mis en place dans 50 hôpitaux anglais, puis 1.000 centres de vaccination seront organisés.

L'hôpital universitaire de Croydon, au sud de Londres, a reçu ce week-end de premières doses, conservées dans un frigo spécial à -70°C. "Nous sommes parmi les premiers dans le pays à recevoir le vaccin, et donc les premiers au monde, c'est juste incroyable", a confié Louise Coughlan, cheffe pharmacienne du groupe hospitalier.

Selon des journaux britanniques, la reine Elizabeth II, 94 ans, et son époux le prince Philip, 99 ans, seront vaccinés prochainement. Ils pourraient le faire en public pour encourager la population à les imiter.

La majorité des pays européens vaccineront en janvier

La Belgique, la France et l'Espagne prévoient des campagnes de vaccinations en janvier, en se concentrant d'abord sur les plus vulnérables.

En France, la campagne de vaccination contre le Covid-19 va se dérouler en trois phases, en commençant par les résidents des Ehpad, avant de s'étendre progressivement à toute la population.

La première phase, qui vise à vacciner les résidents de maisons de retraite, commencera "début janvier 2021 (...) moment auquel nous devrions disposer des premiers vaccins autorisés, si tout se passe bien, dans un nombre encore limité de doses", a précisé le ministre français de la Santé Olivier Véran. Cette phase concernera aussi "les professionnels de santé à risque exerçant dans ces établissements". Au total, un million de personnes.

La deuxième phase devrait avoir lieu entre février et mars 2021, "selon le calendrier effectif des autorisations de mise sur le marché et de livraison des vaccins", a indiqué le ministre de la Santé. Dans l'ordre, les personnes âgées de 75 ans et plus, puis celles de 65 ans et plus et les professionnels de santé et médico-sociaux vulnérables en raison de leur âge ou de leur santé. Soit 14 millions de personnes.

Ce n'est qu'après qu'interviendra "le temps de la vaccination de masse", la troisième phase.

En Espagne, le gouvernement a annoncé le 1er décembre avoir décidé l'achat de 50 millions de doses supplémentaires de vaccins contre le Covid-19 auprès de trois laboratoires, portant ainsi à plus de 100 millions le nombre de doses qu'il a déjà réservées. Le Conseil des ministres a approuvé l'achat de 20,9 millions de doses du vaccin mis au point par Janssen, 8,3 millions du vaccin de Moderna et 23,5 millions de celui de CureVac, qui seront fournis dans le cadre des accords signés par l'Union européenne avec ces laboratoires.

L'exécutif du socialiste Pedro Sanchez avait déjà annoncé le mois dernier qu'il recevrait des vaccins mis au point par deux autres entreprises pharmaceutiques: 31,6 millions de doses du vaccin produit par AstraZeneca et 20,9 millions de doses de celui de Pfizer-BioNTech, s'assurant ainsi au total plus de 105 millions de doses à ce jour.

La plupart des vaccins nécessitant deux doses, ces acquisitions serviront normalement à immuniser au moins 52,5 millions de personnes, au-delà des 47 millions d'habitants de l'Espagne.

Le gouvernement a précisé que les vaccins restants seraient destinés à des "missions de solidarité" au bénéfice de pays tiers ayant des difficultés d'accès au vaccin.

"L'Espagne a un accès garanti à des vaccins qui commenceront à être fournis à partir de janvier et qui seront totalement gratuits pour les citoyens", a assuré la porte-parole du gouvernement, Maria Jesus Montero, lors d'une conférence de presse.

"Nous nous rapprochons du bout du tunnel, mais cela ne peut se traduire par un plus grand relâchement" des restrictions en vigueur, a-t-elle averti à l'approche des fêtes de fin d'année.

Pour rappel, en Belgique, la vaccination débutera également début janvier. Le vaccin de Pfizer/BioNTech sera le premier à arriver en Belgique. Dès janvier, quelque 600.000 doses devraient être disponibles, permettant la vaccination de 300.000 personnes, à raison de deux doses par personne.

Ce sont les résidents et le personnel des maisons de repos et des institutions collectives de soins qui seront vaccinés en premier.

Suivront les professionnels des soins (dans les hôpitaux et ceux travaillant en première ligne); les autres membres du personnel des hôpitaux et des services de santé; les plus de 65 ans; la tranche 45-65 ans en cas de comorbidités spécifiques dont la liste doit encore être arrêtée, et enfin les personnes exerçant des fonctions sociales ou économiques essentielles, selon des critères qui doivent encore être déterminés.

La Suisse mise sur la prudence

Contrairement à de nombreux autres pays occidentaux, la Suisse, qui ne dispose pas de procédure d'homologation en urgence, ne devrait pas commencer à vacciner sa population avant 2021.

Les gros volumes qui permettront de vacciner plus largement la population du pays, qui compte 8,6 millions d'habitants, ne sont pas attendus rapidement. A terme, Berne "espère" vacciner quelque 70.000 personnes par jour.

"La Suisse n'a pas une procédure d'autorisation d'urgence, même en cas de pandémie. C'est ça la plus grande différence", détaille la directrice du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève, Claire-Anne Siegrist.

"Notre autorité d'homologation des vaccins, Swissmedic, demande davantage de données pour des nouveaux vaccins que celles qui peuvent être considérées comme suffisantes pour une autorisation d'utilisation en urgence par les agences européennes ou américaines. Pour être clair, les agences européennes et américaines demandent deux mois de suivi. Alors qu'en Suisse, on garde la règle habituelle qui est de dire: on suit plus longtemps que 2 mois".

L'OMS met en garde

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a en outre appelé à ne pas baisser la garde dans l'optimisme que suscite l'arrivée attendue des vaccins.

"La vaccination ajoutera un outil majeur et puissant à la trousse d'outils dont nous disposons. Mais à elle seule, elle ne fera pas le travail", a prévenu Mike Ryan, expert de l'OMS, en demandant "aux gens de continuer à faire des efforts".