Alors que la pandémie de Covid-19 circule désormais "partout" dans le monde, vouloir l’arrêter en fermant les frontières, comme le suggèrent certains, n’est pas "une stratégie durable", estime l’OMS.

"Les économies doivent rouvrir, les gens doivent travailler, le commerce doit reprendre", a reconnu Michael Ryan, directeur des situations d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d’un point de presse lundi à Genève.

Le médecin irlandais recommande toutefois aux gouvernements de réagir rapidement à la résurgence du moindre foyer, avec la précision d’un "chirurgien du cerveau" et en toute transparence avec la population. Il estime que des tests à l’arrivée en provenance des pays hautement contaminés et l’interdiction de voyage pour les personnes malades sont nécessaires.

"La plus grave épidémie" pour l’OMS

Michael Ryan a souligné la réactivité des autorités en Espagne, où des mesures de reconfinement ont été immédiatement adoptées localement. Londres a ordonné dimanche la quarantaine à tous les Britanniques qui reviennent d’Espagne, tandis que la Belgique interdit les voyages de ses ressortissants dans les provinces de Lleida en Catalogne et de Huesca en Aragon.

L’OMS ne veut pas parler de "deuxième" ou de "troisième" vague, mais d’une épidémie qui continue de progresser un peu partout à des vitesses différentes.

Plus de 16,3 millions d’habitants sur la planète ont été infectés, dont au moins 9,1 millions s’en sont sortis guéris. C’est l’une des six épidémies internationales enregistrées par l’OMS, "la plus grave", a estimé son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus.

L’OMS se base sur l’historique d’épidémies comme l’influenza (ou grippe) qui peuvent faire de 290 000 à 650 000 morts chaque année, principalement dans les populations à risques.

Certains pays connaissent "u ne transmission intensive" du Covid-19 et des décès importants (Inde, Brésil, États-Unis) ; d’autres, notamment en Europe, sont confrontés à la multiplication de petits foyers. Une discothèque, une garderie, un centre social, une fête de mariage peuvent être à l’origine de ces résurgences.

C’est le cas en France, où 215 foyers actifs étaient recensés vendredi. Estimé à 1,2 en Belgique, le taux de reproduction du virus est en France à 1,3, "en nette augmentation", selon la Direction générale de la santé (DGS). "Avec un nombre de cas journaliers supérieur à 1 000, nous sommes revenus à des niveaux comparables à ceux de la fin de la période de confinement", souligne l’agence française.

Dans ses conférences de presse, l’OMS répète comme un mantra ses recommandations aux gouvernements ("détecter, soigner, isoler, faire un tracing complet") et leur demande "de maintenir la pression sur le virus".

Des mesures fortes

Il n’y a pas de fatalité, selon l’OMS. Certains pays comme le Cambodge, la Nouvelle-Zélande ou le Vietnam ont quasi bloqué la transmission du virus. Parfois au prix de mesures radicales : une ville touristique de 80 000 habitants, Danang, a été évacuée dimanche au Vietnam après la découverte de trois cas seulement de coronavirus.

D’autres pays - comme le Canada, l’Allemagne ou le Japon - réussissent à maîtriser la pandémie. En y mettant les moyens : la Bavière annonce des tests, non obligatoires, pour les voyageurs qui traversent le Land.

Enfin, des pays qui espéraient en avoir fini se remobilisent. Hong Kong a rendu obligatoire lundi le port du masque en public, fermé les restaurants et interdit les rassemblements en rue de plus de deux personnes. La région semi-autonome enregistre des centaines de cas depuis six jours.

La reprise de l’épidémie n’entraîne pas nécessairement une hausse de la mortalité. Depuis onze jours, l’Écosse n’a enregistré aucun décès tandis qu’en Australie, il n’y a eu jusqu’ici que 161 morts, malgré la flambée d’infections dans l’État du Victoria (Melbourne).Ch. Ly.