Trop de cholestérol! Voilà un verdict qui concerne beaucoup d'entre nous. Alors que certains l'ignorent et ne prennent aucun traitement pour y remédier, un Belge sur quatre âgé de plus de 40 ans prend un médicament de la classe des statines pour faire baisser son taux de cholestérol. " Si le bénéfice de ces médicaments est clair chez les personnes qui ont déjà eu des problèmes cardiovasculaires (infarctus, AVC), il est moins net chez celles qui n’en ont jamais eu , fait remarquer le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), qui lance, ce lundi un outil interactif essentiellement destiné aux médecins généralistes pour les aider à savoir à partir de quel moment le patient a intérêt à prendre un tel traitement. Les effets secondaires de ces médicaments peuvent être importants. Il est donc nécessaire de bien peser le pour et le contre, au cas par cas, avant de les prescrire ".

Développé par le KCE, cet outil interactif permettant de visualiser les bénéfices et les risques des statines ouvrira la discussion entre le médecin et le patient quant à la décision de prendre - ou non - pareil traitement. Via le site internet www.statines.kce.be , les médecins généralistes pourront calculer le niveau de risque cardiovasculaire du patient en fonction de ses paramètres personnels (âge, tabagisme, tension artérielle, taux de cholestérol) et visualiser ensuite les bénéfices potentiels des statines dans son cas particulier en les comparant à la situation sans statines. Sur base des résultats, patient et médecin seront alors à même de soupeser ensemble le pour et le contre de la prescription, et arriver ainsi à une prise de décision partagée et éclairée.

Peser les avantages et les risques

Rappelons que les statines sont des médicaments hypocholestérolémiants, l’une des classes de médicaments les plus utilisées dans notre pays : 1,5 million de personnes – soit environ 13 % de la population belge totale ou 25 % de la population de plus de 40 ans – en consomment.  " L’utilité de ces médicaments ne fait aucun doute chez les personnes qui ont déjà eu un accident cardiovasculaire (infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral) car, en diminuant le taux de cholestérol sanguin, elles contribuent à réduire le risque de récidive , souligne le KCE. Toutefois, en Belgique la grande majorité des personnes qui prennent des statines - 88 % selon une estimation approximative - n’ont jamais fait d’accident cardiovasculaire. Chez ces personnes, les bénéfices potentiels de ces médicaments sont moins nets et varient en fonction du risque individuel. Ils doivent donc être mis en balance, au cas par cas, avec leurs effets secondaires. Ceux-ci sont peu nombreux, il est vrai, mais potentiellement importants (lésions musculaires, diabète, insuffisance rénale) ".

Prise de décision partagée

D'après les recommandations de la Société européenne de Cardiologie (ESC) et de la Société européenne de l’Athérosclérose (ASC), la décision de prescrire une statine doit idéalement se faire dans le cadre d’une prise de décision partagée entre le médecin et son patient, et non de façon unilatérale par le médecin seul, comme c’est encore très souvent le cas. 

" C’est en effet au patient de définir où il place son point d'équilibre entre avantages et inconvénients d’un tel médicament , confirme le KCE . Et ce d’autant plus que la réduction du risque cardiovasculaire passe d’abord par l’arrêt du tabac, une alimentation équilibrée et de l’exercice physique. Ce n’est que si ces mesures ne donnent pas suffisamment de résultats que les statines sont éventuellement recommandées ".