“Gouverner, c’est prévoir” selon l’adage. Les États européens, de l’avis du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, ont manqué de prévoyance face à la gravité de la pandémie de Covid-19.

Des experts tentent dès lors de prévenir sur les effets psychologiques négatifs liés au confinement. Le 6 mars, la revue spécialisée General Psychiatry a publié les résultats d’une enquête chinoise réalisée durant l’épidémie.

Il y a une semaine, le journal médical The Lancet publiait à son tour une recension comparative de 24 études d’impact de situations de quarantaine ou de confinement. Elles concernent dix pays et portent pour l’essentiel sur les virus du SRAS (onze études), Ebola (cinq) et de la grippe A (H1N1) (trois).

L’enquête chinoise a été menée en ligne dans 36 provinces, régions autonomes ou municipalités. Elle a permis de collecter 52 730 réponses, avec des outils validés.

Deux conclusions majeures

  • ​L’étude démontre réel impact du confinement : 35 % des réponses (dont deux tiers de femmes) révèlent un stress psychologique modéré, et pour 5,14 %, un stress sévère. Cette détresse touche davantage les individus âgés de 18 à 30 ans ou ceux de plus de 60 ans, ainsi que les personnes éloignées de leur famille.
  • Selon le Lancet, un confinement supérieur à 10 jours est prédictif de symptômes post-traumatiques, de comportements d’évitement et de colère.

Les facteurs de stress

Dans la revue The Conversation, Catherine Tourette-Turgis, directrice du Master en éducation thérapeutique à Sorbonne Université, a synthétisé les articles précités. Elle a identifié les facteurs de stress suivants :

  • la peur de l’infection et l’inquiétude (y compris plusieurs mois après l’épisode), notamment pour les femmes enceintes et les mères ayant de jeunes enfants.

  • l’ennui, la frustration et le sentiment d’isolement

  • les lacunes dans la distribution des biens de première nécessité

  • l’inadéquation de l’information transmise par les autorités concernant les bonnes pratiques et la confusion sur l’objectif du confinement

Après le confinement, d’autres facteurs de stress sont à anticiper :

  • les conséquences de la perte de revenus, notamment pour les travailleurs indépendants et les personnes précarisées ;

  • les difficultés à reprendre le travail et un rythme normal ;

  • la tension dans les couples liées aux conséquences économiques ;

  • la stigmatisation à l’égard des personnes représentant un danger de propagation.

Les recommandations

Une information claire et transparente des autorités est nécessaire concernant :

  • la durée du confinement

  • l’évolution de la pandémie et son impact

  • les niveaux de risque

  • les protocoles et conduites à adopter

Pendant le confinement, les experts font les recommandations suivantes :

  • prêter une attention aux groupes vulnérables (jeunes de 18 à 30 ans, personnes âgées ou déracinées)

  • mise en place des services de soutien et d’accompagnement psychologiques (comme en cas de situations de désastres majeurs – attentats ou catastrophes naturelles)

  • déployer de façon préventive des interventions ciblées pour réduire le stress psychologique et prévenir les problèmes de santé mentale ultérieurs.

  • Mise en place des numéros verts pour réduire l’isolement et répondre aux questions des personnes qui ont des symptômes

  • Encourager les personnes qui sont en situation de confinement pour renforcer l’adhésion et le respect des mesures

Si l’expérience du confinement est vécue comme négative, analyse Catherine Tourette-Turgis, "ses conséquences affecteront non seulement les individus, mais aussi le système de santé et les politiques publiques”.

Catherine Tourette-Turgis conclut qu’il est "important de mettre en œuvre des stratégies d’accompagnement psychosocial des mesures liées au confinement” pour le rendre acceptable. Ce qui applique, à tous les niveaux, "de déployer des interventions d’empathie, bienveillantes”.